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27/01/2010

Appel de Doza pour transformer l’essai démocratique ivoirien

Bernard-DOZA.jpgIl y a quelque mois, je m’étais élevé contre l’insipide analyse de l’Apo par Bernard Doza. Dans l’entretien qu’il a accordé à Patrice Leconte, l’auteur de la vérité confisquée dit avoir les moyens pour que les choses sociales, culturelles et politiques bougent ostensiblement en Côte d’Ivoire et en Afrique noire. Pour une fois, il pose la bonne question. Il propose une solution crédible. Il ne cherche plus à faire la guerre aux acquis déterminants de nos devanciers. Il pense qu’il nous faut nous appuyer sur nous-mêmes pour mettre un coup d’arrêt sec aux savants mécanismes de  mépris de notre nation. Il dit même explicitement qu’il nous faut transformer l ‘essai démocratique du Président Laurent Gbagbo et créer une véritable dynamique de libération de l'Afrique noire. Il est nationaliste panafricain! A partir de la Côte d’Ivoire ! Le Président Laurent Gbagbo a, comme son idole des Evangiles de Moïse, déblayer le chemin. Il a terminé les grands travaux de terrassement. Nous ne devons donc plus hésiter. Bernard Doza dit vouloir  donner un coup de pouce au Kanégnon de Mama s’il comprend le nouveau sens de l’histoire, ou « ce sera tant pis pour lui » et ses compagnons de lutte. Pour Bernard Doza, il ne doit plus y avoir de scrupules envers les héritiers de tous ceux et celles qui ont raflé nos ascendants, rasé nos cités, déporté et réduit notre nation en esclave. Pendant quatre longs siècles ! L’administration coloniale directe ou indirecte était la forme la plus achevée de la déqualification humaine de nos ascendants. Nous ne pouvions pas être des hommes! Il est décidément venu le temps d’arracher la Côte d’Ivoire et l’Afrique noire à l’absolue barbarie : « il est des tares qu’il n’est au pouvoir de personne de réparer et que l’on n’a jamais fini d’expier » s’écria le poète des calanques noires de Basse Pointe. Nous avons l’opportunité historique de rompre toutes les chaînes visibles et invisibles qui brident notre souffle et notre énergie, nous cloîtrent subrepticement dans l’impossibilité de conduire nous-mêmes, pour nous-mêmes, par la Palabre africaine, la modernisation responsable de nos traditions incessibles. Bernard Doza invite, à partir de l’expérience ivoirienne,  à ouvrir frontalement les hostilités contre les colonnes infernales qui ont pris en otage notre leadership.

Le jour se lève toujours !

Lettê na Lettê


Bernard Doza, vous arrivez d’Afrique où vous séjourniez depuis plus de 6 mois. Où étiez-vous exactement ?

Depuis le 02 juillet 2009, de Paris, je suis allé au Sénégal pour rencontrer des opérateurs économiques africains. Ensuite j’ai continué au Bénin. Du Bénin, je suis allé brièvement en Centrafrique voir d’autres personnes ressources qui m’ont fait appel. L’objectif de ce périple africain qui a duré plus de 6 mois, était de récolter des fonds pour notre organisation le Comité d’Action Pour la Liberté (CAPL), car la situation empire en Côte d’Ivoire … Les élections sont de jour en jour reportées ayant pour but final de nous conduire dans une nouvelle dictature d’intérêt néocolonial. Ce qui va sûrement fortifier le pouvoir politique de Laurent Gbagbo, qui a déjà bradé toute l’économie ivoirienne à Vincent Bolloré et Martin Bouygues. Dans le pays même, les contingents militaires étrangers sous la direction de la France qui dicte sa loi au Conseil de sécurité de l’ONU, ne désemplissent pas. Rien que pour influencer la volonté populaire du changement. Cinq cents militaires burkinabés viendront bientôt en Côte d’Ivoire pour superviser soi-disant les élections. Cette situation fait toujours entorse à la souveraineté de la Côte d’Ivoire. Une autre façon de brader notre souveraineté à l’étranger. Car nous avons déjà plus de 900 militaires français, censés être des alliés du gouvernement ivoirien pour la protection de la souveraineté de la Côte-d’Ivoire, alliance que la France a trahie en 2002 en prenant parti pour la rébellion, qui occupe le nord de notre pays. Pour « sécuriser la Côte-d’Ivoire », des militaires onusiens sont déjà là, depuis 2003, appuyés par le commando français, appelé : « la Force Licorne ». Toutes ces armées n’ont pas réussi à désarmer les rebelles dont elles sont devenues des alliés idéologiques dans l’occupation de notre pays.

Vous considérez donc que la Côte d’Ivoire est occupée par des armées étrangères, dont les 500 militaires burkinabés affectés à la sécurisation des élections?

Je considère que depuis 1961, la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny avait un accord avec la France, pour garantir, par le biais de la base militaire du 43ème BIMA la souveraineté nationale de notre pays. Je crois que c’est pour cette raison que notre pays ne s’est pas doté d’une grande armée. Donc, quand le Burkina Faso qui entraîne une rébellion frappe la Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002, et que la France officielle refuse de donner l’ordre à son armée stationnée à Abidjan de désarmer les rebelles, nous considérons qu’il y a trahison et par conséquent, il nous faut créer une grande armée. Car nous voyons clairement exprimée la volonté de notre « allié français ». Qui consiste à fragiliser le pouvoir ivoirien par une sorte de marionnette nouvelle formule, qui viendra faire le jeu des sociétés du négoce colonial, comme Houphouët-Boigny l’avait fait pendant les 40 années de gestion de l’indépendance confisquée. Donc, ce à quoi nous assistons en Côte-d’Ivoire, c’est une sécurisation, non pas du processus électoral mais d’une fragilisation de la souveraineté nationale ivoirienne au profit des grands groupes d’intérêts. Et c’est pourquoi nous disons clairement que notre combat aujourd’hui, c’est de monter une véritable armée ivoirienne de libération nationale pour chasser de notre pays les forces étrangères, d’occupation militaire. C’est pour cela que je fais le tour d’Afrique.

Vous avez rencontré qui ?

Je viens de le dire tout à l’heure, j’ai été en Centrafrique pour rencontrer les officiels !

Avez-vous rencontré le Président François Bozizé dont vous aviez été le conseiller?

Je l’ai rencontré d’abord à Bangui. Le 24 décembre dernier je l’ai encore vu à Cotonou où nous avions été à la fête des chrétiens célestes à Semè plage. Ce n’est un secret pour personne. Au Sénégal, j’ai aussi rencontré le Président Abdoulaye Wade. Au Rwanda, j’ai rencontré non pas le chef de l’Etat mais des personnes qui sont aguerries à la guerre, capables d’affronter des armées européennes. Ce sont des soldats qui ont fait l’école américaine de combat.

Avez-vous rencontré le chef rebelle Laurent N’Kunda ?

Des discussions sont en cours, on n’a pas encore trouvé une solution à mon problème. Mais entre autres, j’ai aussi discuté avec beaucoup de chefs de guerre qui n’ont pas fait l’école française de l’armée. Ce sont des soldats africains qui sont d’accord pour qu’aujourd’hui, la libération du continent noir commence par la Côte d’Ivoire. Parce que la Côte d’Ivoire est la base arrière des intérêts français. Si la Côte d’Ivoire se libère réellement de l’occupation militaire étrangère, alors l’Afrique entière va se libérer.

Donc disons qu’aujourd’hui, vous prônez une révolution nationaliste ?

Je l’ai toujours dit et je ne l’ai jamais caché.

Vous êtes aujourd’hui prêt à prendre les armes ?

Ce n’est pas moi qui prends les armes. C’est le peuple africain qui prend les armes. Une armée nationaliste, ce n’est pas un individu, c’est la partie consciente du peuple, qui dit : « non », à la colonisation de son pays. Et ce n’est pas nouveau. L’armée nationaliste en Indochine avait pris les armes pour dire non à l’occupant tout comme en Algérie. Regardez ces pays aujourd’hui, et regardez l’état de l’Afrique noire francophone…Nous disons que 14 pays de l’Afrique noire francophone, qui ont le FCFA en partage, rapportent chaque année au trésor français 70% d’intérêts, sur l’ensemble du commerce réalisé dans ces états. Et ce sont les dirigeants de cette même France-là qui prennent chaque jour des décisions pour exclure les noirs francophones de leur pays. Nos citoyens, même nos ministres quittent le continent africain avec des visas pour venir en France. Alors que, c’est grâce à la francophonie et à la vassalisation politique et militaire de l’Afrique noire que la France est aujourd’hui membre du Conseil de sécurité de l’ONU. Donc, c’est l’Afrique francophone qui fait de la France une grande nation dans le monde. Et pourtant c’est un pays qui méprise les peuples africains qui continuent néanmoins à le nourrir tous les jours. Grâce aux matières premières, à l’or africain, la France est devenue une puissance monétaire dans le monde occidental, au lendemain de la seconde guerre mondiale. Voyez, ces choses-là font que dans nos pays, il y a la misère. Des personnes qui aujourd’hui en Côte d’Ivoire ne mangent même pas deux fois par jour et pourtant le pays est immensément riche. Pourquoi ? Parce que nous avons des dirigeants irresponsables, instrumentalisés par la France, donc qui ne pensent qu’à leur propre intérêt. On a vu des Ivoiriens qui n’étaient financièrement rien dans les années 90, et qui subitement sont devenus des multimilliardaires aujourd’hui. Par exemple, le ministre Antoine Bohoun Bouabré, qui a connu Laurent Gbagbo en 1992. Jeune économiste, il n’a jamais milité dans l’opposition de gauche. C’est Blé Blé Charles (ancien maire de Saïoua de 1996 à 2000 et financier du FPI) qui l’avait présenté à Laurent Gbagbo au stade Champroux, au lendemain de la libération des prisonniers du 18 février 1992. Bohoun Bouabré, qui est donc coopté au FPI sur la base tribale (Bété, ethnie du chef de l’Etat ivoirien), est nommé ministre de l’Economie et des Finances en 2000, dans le 1er gouvernement Gbagbo. De l’an 2000 à 2008 Bohoun Bouabré est devenu multimilliardaire ; c’est donc à juste titre que les médias de droite lui attribuent plus de 900 milliards. Entre temps, devenu ministre d’Etat, ministre du Plan, du Développement du gouvernement Soro, il se paie actuellement les services d’un communicateur de la même ethnie que lui, à Paris, à 300 millions de FCFA. En charge pour celui-ci de soigner son image dans les médias français. Oui, parce que ce voleur de la refondation ambitionne de devenir président de la République après Laurent Gbagbo. Donc, on a aujourd’hui des parvenus politiques comme Bohoun Bouabré, qui pillent le peuple non pas pour aider le pays, mais pour avoir les honneurs du pouvoir. Nous avons une liste de 300 personnes qui pillent l’Etat ivoirien. S’ils ont la chance ils iront en prison, sinon ils ne survivront pas à la révolution.

Vous accusez Bohoun Bouabré de posséder 900 milliards de francs CFA pendant qu’il rejette vos allégations. Avez-vous les preuves de ce que vous annoncez ?Ecoutez, j’ai lu les balbutiements pitoyables de Bohoun Bouabré dans le journal ivoirien Le Nouveau Réveil. Je fais une proposition honnête à Bohoun Bouabré et son maître Laurent Gbagbo. Comme ils semblent penser que je plaisante je leur lance un défi. Que les deux démissionnent du pouvoir et de toutes activités politiques en Côte-d’Ivoire dès la publication des preuves telles que l’ordre de virement de 600 milliards de francs CFA signé pour le trésor public de la Guinée-Bissau des mains de Bohoun Bouabré. En plus de la liste des numéros de compte que le banquier de Laurent Gbagbo a ouverts au Canada. J’aimerais les voir tous deux répondre à ce défi…

C’est quand même bizarre, il n’y pas longtemps vous étiez en train de chercher à rentrer en Côte d’Ivoire pour travailler avec le président Laurent Gbagbo. Mais aujourd’hui dans un texte paru en Côte-d’Ivoire et à Paris, vous dites qu’il a bradé la lutte, qu’il a vendu la Côte d’Ivoire morceau par morceau. Qu’est ce qui explique ce changement de cap, pour passer à la radicalisation ?

Ecoutez. D’abord, il n’y a jamais eu de contact entre le Président Laurent Gbagbo et moi. Il y a eu des écrits sous la pression de certaines personnalités telles que l’ancien ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Hyacinthe Kouassi que je salue au passage. Le devoir de vérité m’oblige de le nommer. Ce dernier m’avait approché en 2005 après les événements de la Maison des étudiants de Côte d’Ivoire (M.E.C.I) à Paris, où je l’ai invité. Il m’a dit qu’il ne comprenait pas qu’une compétence comme moi soit à Paris alors que mon pays avait besoin de moi. Je lui ai donc donné carte blanche pour faire ce qu’il pensait. L’ambassadeur Hyacinthe Kouassi a donc demandé au chef de l’Etat de prendre contact avec moi. C’est comme ça que le Président a envoyé son pilote, le commandant Obré, qui est venu à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris. On a discuté dans le bureau de l’ambassadeur. Le pilote de Laurent Gbagbo a insisté pour que j’écrive sur un papier qu’il m’avait rencontré et que j’étais d’accord pour retourner en Côte d’Ivoire pour voir le président de la République. Bon moi j’ai écrit ce que je pouvais. J’ai seulement dit à Laurent que j’étais disposé. Il est parti avec le texte, il est revenu une seconde fois en me disant que ce que j’avais écrit n’a pas satisfait son interlocuteur de l’autre côté. Il m’a demandé d’aller un peu plus loin dans mes écrits. Je lui ai dit que je ne pouvais pas aller un peu plus loin. De mon point de vue, tout le monde en Côte d’Ivoire peut s’agenouiller devant Laurent Gbagbo sauf moi Doza. Parce que quand Doza a connu Laurent Gbagbo en 1983, c’était un intellectuel que personne n’imaginait un jour être « président de la Côte-d’Ivoire ». Quand nous avons créé le MIDD en 1984 on était dix dans la salle. J’ai porté Laurent Gbagbo à bout de bras à partir de la radio média soleil, depuis le 25 décembre 1983 jusqu’au 31 décembre 1988. Donc aujourd’hui tout le monde peut aller danser devant lui pour avoir un poste, excepté Bernard Doza. Cela vaut pour tous les dirigeants au pouvoir en Afrique que j’ai aidés autrefois. A Me Abd oulaye Wade j’ai dit la même chose. On a travaillé ensemble depuis 1987 jusqu’en l’an 2000. Devenu président, il est venu ici à Paris en 2006, on s’est rencontré et on s’est engueulé dans son bureau. Je lui ai dit que je suis un militant et je crois aux droits des peuples. Je combats pour l’émancipation des peuples africains. Tant que tu es dans cette logique, on est d’accord. Mais à partir du moment où tu dévies, ne compte pas sur moi pour que je vienne me mettre à genou parce que j’ai besoin d’argent, car l’argent n’est rien face au combat pour l’émancipation du peuple. Et aujourd’hui, Dieu est en train de me donner raison. Au-delà de la misère, la question du combat pour la libération du peuple ivoirien occupé, a suscité des milliardaires africains généreux, des nationalistes à débloquer des fonds pour moi, sans que je ne sois obligé d’aller m’agenouiller devant un chef d’Etat. Voici la réalité.

D’autres personnes disent que cela fait 30 années que vous n’êtes pas rentré en Côte d’Ivoire et que vous n’êtes pas au courant des réalités nationales. Et que de l’extérieur, vous avez une vision tronquée des réalités de la Côte d’Ivoire. Qu’en dites-vous ?

Moi j’ai une seule réalité ! Je suis né en 1954 à Gagnoa. J’ai été élevé dans la brousse africaine par ma grand-mère. J’ai quitté la Côte d’Ivoire en 1977. Je vous pose la question de savoir ce qui a changé au niveau de la condition du peuple. J’ai vécu à Abobo avec ma sœur Nadjé Rosalie dans la misère totale. Et quand j’appelle ma sœur, elle me dit que depuis la semaine dernière elle n’a même pas 2000 francs CFA pour manger.Est-ce a moi de lui envoyer de quoi manger ? Que fait donc le gouvernement socialiste de Laurent Gbagbo venu pour améliorer la condition de vie du peuple ivoirien ? Laurent Gbagbo a pris le pouvoir depuis l’an 2000, sincèrement qu’est-ce qui a changé ? Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale, qui n’est pourtant pas un militant de la gauche radicale, dit lui- même, que moins de 2 personnes mangent à leur faim en Côte d’Ivoire. Qu’est- ce qui a changé ? Rien. Les infrastructures ? La construction du grand Abidjan ? Mais Houphouët- Boigny et les multinationales françaises avaient déjà réalisé les infrastructures ! Ce n’est pas de cela que je parle mais des conditions de vie du petit peuple. Mon combat est pour le petit peuple ivoirien qui ne mange pas à sa faim, qui ne peut pas aller à l’école, travailler, se soigner et se construire une maison. Si on vient me dire qu’en Côte d’ivoire aujourd’hui en 2010, dans chaque village depuis l’an 2000, l’Etat ivoirien sous la présidence de Laurent Gbagbo a débloqué une subvention pour construire une école primaire, et que dans chaque école l’Etat a garanti le repas à midi pour chaque élève les plus pauvres, je dirais que quelque chose a changé. Parce qu’en Côte d’Ivoire sur dix élèves, seuls 2 ont les parents aisés. Si l’Etat ne garantit pas un repas aux 8 autres à midi, de retour le soir chez eux, est ce qu’on est sûr qu’ils vont trouver un repas? Pourtant on connaît l’immensité de l’argent du cacao et du café. On parle maintenant de l’argent du pétrole ! Alors c’est un crime contre le petit peuple si la richesse générée par les deniers publics n’est pas redistribuée équitablement. Pendant ce temps, des instituts sérieux, du négoce écrivent aujourd’hui, que le cacao et le café ivoiriens rapportent plus de 12.000 milliards de francs CFA chaque année à l’Etat de Côte-d’Ivoire. Même le planteur Sansan Kouao, l’un des milliardaires ivoiriens du cacao-café, a dit ceci: « Avec le cacao et le café, non seulement la Côte d’Ivoire peut se développer mais peut prêter de l’argent aux pays voisins de la sous région ». C’est pourquoi je parle de la libération du peuple ivoirien et non pas de la Côte d’Ivoire. Vous voyez le discours entre les socialistes du FPI et moi, est différent. Pendant qu’ils sablent le champagne dans les salons huppés d’Abidjan, moi je parle du petit peuple ivoirien que je ne confonds pas avec la Côte d’Ivoire des voleurs à col blanc, à laquelle ils appartiennent.

Selon vous, Laurent Gbagbo a donc trahi la lutte, il ne mérite pas d’être président de la République ?

Dans l’une de mes interviews, j’ai déjà dit que depuis 1980 Laurent Gbagbo qui était communiste s’est reconverti dans la social- démocratie. Dans cette reconversion, il a signé un pacte diabolique avec l’aile modérée de la bourgeoisie du PDCI-RDA. Et c’est ce pacte diabolique qui a donné lieu à la création du Front Populaire Ivoirien (FPI) dont la dimension philosophique était la transition pacifique à la démocratie. Donc la lutte était bradée depuis 1980, au profit de la frange modérée du PDCI-RDA. Même quand tu demandes aujourd’hui à des gens qui sont conseillers de Laurent Gbagbo, ils disent : « Il n’y a plus de socialisme en Côte d’Ivoire, parlons plutôt de libéralisme car Laurent Gbagbo n’est pas venu faire du socialisme. » Le président Laurent Gbagbo lui-même le dit : « Si je savais que la Côte d’Ivoire avait autant d’argent, je n’allais pas faire des années de misère en politique, parce que l’Ivoirien aime beaucoup l’argent. » Et depuis, quelle que soit la personne qui vient au palais, Gbagbo lui tend une enveloppe, et elle perd les 90% de sa personnalité. Donc on a une opposition qui crie, mais la nuit, tout le monde va au palais prendre l’argent. Gbagbo en distribue. Il a compris qu’en distribuant l’argent, il pouvait rester longtemps au pouvoir. Lisez bien l’interview à la une qu’il a accordée dernièrement à Jeune Afrique. A la question posée : « Mais le mandat présidentiel en Côte d’Ivoire est limité à 5 ans, renouvelable une fois ? », Laurent Gbagbo a répondu : « Oui, mais je n’ai pas gouverné. » Cela résume l’état d’âme du chef de l’Etat ivoirien. Qui veut dire, à travers cette réponse qu’il est dans une logique de 40 ans voire 50 ans de pouvoir. Or, les époques ont changé. M. Laurent Gbagbo doit se rendre compte qu’après deux mandats, quelque soit la situation, il doit rendre le tablier. Ce n’est pas le peuple ivoirien qui lui a envoyé la guerre, c’est parce qu’il a pris à bras le corps le discours ivoiritaire des néolibéraux du PDCI-RDA que des éléments militaires issues du nord du pays, ont été au Burkina Faso pour prendre les armes. Depuis janvier 2002, il savait que les gens s’entraînaient au Burkina Faso, même Blaise Compaoré lui a dit qu’une rébellion se préparait comme son régime à partir de son pays, mais il a voulu utiliser la guerre pour se maintenir au pouvoir pendant 40 ans.

Mais bizarrement les sondages le donnent vainqueur à la prochaine élection présidentielle ?

Des sondages commandés !

Mais on commande des sondages mais pas les résultats …

On commande les sondages et on paye ceux qui font les sondages. Donc automatiquement, ils sont obligés de publier des sondages en votre faveur. Et à ce propos, je vais vous dire une chose : même moi, je ne suis pas pour qu’on aille aux élections et que Laurent Gbagbo qu’on considère comme le moindre mal perde les élections au profit des gens de droite comme Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara. Nous, au CAPL, On considère que la limite tolérable dans la gestion du pouvoir néocolonial aujourd’hui en Côte d’Ivoire, c’est Gbagbo. Si on quitte, le pouvoir de Laurent Gbagbo, on ne va pas vers la droite, on va vers la gauche nationaliste. C’est ça qui est la différence. La droite représentée par le PDCI a gouverné la Côte d’Ivoire depuis 1950. La gauche est venue en l’an 2000, c’est une gauche reformée, une gauche complètement liquidée, qui a pris le pouvoir pour faire le lit de la droite. Constatez vous-même, sur les « 150 propositions pour gouverner » que le FPI a écrites en 1985 à Paris, Laurent Gbagbo a fait campagne avec 3 propositions en l’an 2000. C’est contre les trois propositions réformistes, que la droite coloniale française a concoctée une guerre, en utilisant la querelle locale sur l’ivoirité qui dure depuis 8 ans contre le peuple ivoirien. Aujourd’hui le port d’Abidjan entièrement bradé aux vainqueurs de l’invasion de la Côte-d’Ivoire, est cogéré avec Bolloré et le Burkina Faso. Or depuis 1987, le Burkina Faso, est un pays qui est le sabre de l’impérialisme français en Afrique francophone. C’est une dictature de la néo-colonie qui a fait la guerre au nom de la France au Libéria, en Sierra Leone, qui a tenté de faire un coup d’Etat en Mauritanie, au Togo et au Ghana. Alors je dis que la Côte-d’Ivoire est aujourd’hui aux mains de l’Etranger et j’appelle tous les patriotes ivoiriens à nous rejoindre dans le maquis parce que d’ici au maximum, je dis bien dans les mois qui viennent, vous allez entendre les premiers coups de feu à Abidjan.

Avez-vous conscience que vous allez attaquer un Etat indépendant ?

On n’attaque pas un Etat indépendant. C’est de l’intérieur que nous attaquons les forces d’occupation. On n’attaque pas la Côte d’Ivoire, on attaque l’occupation de la Côte d’Ivoire.

Les Ivoiriens sortent de 8 années de crise politico-militaire, apparemment la guerre n’est plus leur préoccupation première. Et vous voulez les embarquer encore dans une autre aventure…

Pour que la Côte d’Ivoire retrouve son dynamisme, pour que la richesse de la Côte d’Ivoire profite au peuple ivoirien, il faut que la Côte d’Ivoire d’abord chasse les armées étrangères qui occupent notre pays. Si on ne prend pas en main cette priorité, et que nous partons pour aboutir à des élections organisées par l’impérialisme français et ses affidés, nous allons déboucher sur un pouvoir qui va réprimer les forces démocratiques en Côte d’Ivoire et qui va la ramener à 50 ans en arrière dans le domaine de la redistribution des revenus…

Certaines personnes disent que Bernard Doza a des idées décapantes et non concrètes, ce pourquoi son épouse l’aurait quitté. Elle aurait même dit qu’elle avait tiré sur le mauvais pion. Qu’avez-vous à dire ?

Mon épouse, je l’ai connue en 1986, j’étais alors journaliste à média tropical. Nous nous sommes mis dans le combat, c’est avec elle d’ailleurs que j’ai écrit liberté confisquée1. J’ai l’ai embarquée dans le combat de mon pays, mais on oublie souvent qu’elle n’est pas Ivoirienne, elle est Antillaise. Son ambition à elle, ce n’est pas de faire la révolution à la place des autres. Elle ne peut pas s’appauvrir, et moralement, et financièrement parce qu’il y a un combat à mener. Ce combat n’est pas le sien, c’est le mien. Et à un moment donné quand elle a vu qu’après qu’on ait eu 4 enfants, malgré le mariage, et financièrement je n’étais pas rentable, elle a préféré partir. Aujourd’hui, le discours de la révolution nationale a commencé à prendre dans les oreilles d’une certaine bourgeoisie africaine qui a compris que si elle veut prospérer dans le continent africain, il faut que les multinationales françaises reculent. Parce que dans les 14 pays francophones d’Afrique, vous ne pouvez pas, quand vous êtes un opérateur économique national, avoir un crédit dans une banque locale. Parce que les banques en Afrique francophone sont des succursales des banques françaises, qui les obligent à n’être que des banques de dépôt .Par conséquent dis-je, on refuse de vous donner une ligne de crédit, même à un entrepreneur, sans une garantie, qui représente la totalité de l’emprunt que vous sollicitez. Aujourd’hui aux milliardaires africains, je leur ai dis : « je refuse d’aller voir les multinationales européennes pour un financement qui va brader la libération de mon pays, Je veux dix milliards CFA pour monter une armée de libération nationale, ils prennent donc le temps de réunir les moyens. Aujourd’hui, j’ai un minimum de 15 à 25000 euros par mois. Ce sont des gens qui me disent: « On croit en ton combat. Nous allons te financer, car toi au moins tu a le courage du combat frontal… ». Et aujourd’hui, mon épouse qui s’est précipitée, disant, qu’elle voulait travailler pour vivre et nourrir ses enfants ; quand elle me voit arriver à Paris, elle se pose la question de savoir si on ne l’a pas poussé à commettre l’erreur... Je n’étais même pas là quand le divorce a été prononcé. Comme la justice française accorde aujourd’hui tous les droits aux femmes, elle est partie voir un juge qui a prononcé le divorce alors que j’étais absent. C’est une triste histoire de famille.

Patrice Leconte

 

05:13 Publié dans Lekadou | Lien permanent | Commentaires (0)

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