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06/02/2010

Pénal article 169 pénible

 

M. Diakité Mamadou a rendu public la liste des délinquants de la Cei parallèle

dr dramane.pngBeugré Mambé Robert, Président de la Cei

Gomis Jean-Baptiste, vice-président de la Cei ;

Adou Antoine, directeur de cabinet de Mambé ;

Yapi Jacques, secrétaire général de la Cei;

Kouakou Julien, responsable du service informatique de la Cei

L’article 169 du code pénal va parler!

 


CEI2 (1).JPG.jpegMesdames et Messieurs les journalistes,

J`ai l`honneur de vous rendre compte du résultat de l`enquête sur les fraudes commises sur la liste électorale par le Bureau de la Commission centrale de la Commission électorale indépendante. Le présent rapport est issu de l`enquête menée par la police criminelle qui a détaché 4 commissaires de police, y compris le directeur lui-même, des officiers et sous-officiers de police. Y ont également pris part 2 experts en informatique. Toute l`équipe d`enquêteurs était sous la direction effective de deux substituts du Procureur de la République, Madame DADIE KOUASSY Marie-Laure et Monsieur DIAKITE Mamadou. Ce rapport portera, dans une première étape, sur la compétence des opérateurs techniques et de la CEl en matière de croisement des listes électorales; ensuite, dans une deuxième étape, sur le croisement effectué par la Commission électorale indépendante; la troisième étape concernera la responsabilité des membres de la Commission électorale indépendante. Enfin la quatrième étape sera axée sur les conséquences des actes posés et les préoccupations portées à notre connaissance par le Ministre de l`Intérieur avec, bien entendu, nos suggestions pour terminer.

 

I-DE LA COMPETENCE DES OPERATEURS TECHNIQUES ET DE LA COMMISSION ELECTORALE INDEPENDANTE (CEl) EN MATIERE DE CROISEMENT DE LA LISTE ELECTORALE

Aux termes du décret n°2008-136 du 14 avril 2008 fixant les modalités de la nouvelle liste électorale, sous la responsabilité de la CEl, l`inscription sur la nouvelle liste électorale est établie par l’Institut National de la Statistique (INS) et la Société SAGEM-Sécurité (article 4). Aussi, sous l`autorité et la responsabilité de la CEl, l’INS et la Société SAGEM Sécurité exécutent les opérations d`inscription sur la liste électorale. La liste électorale provisoire a été réalisée par l’INS et la société SAGEM sécurité. En effet, la base de données de la population a été croisée avec les fichiers historiques, conformément au mode opératoire établi par la SAGEM sécurité en collaboration avec l’INS. Les fichiers historiques remis à la société SAGEM-Sécurité l’INS pour procéder au croisement sont au nombre de trois: sécurité par - la liste électorale de 2000; - un fichier appelé fichier fusion des Ivoiriens, issu d`une fusion de plusieurs fichiers de l`administration où est précisée la nationalité des individus qui y sont enregistrés (CGRAE, CNPS, RGPH 98, ect...); - Un fichier appelé fIchier fusion des étrangers contenant certaines informations de l`état civil d`individus de nationalité étrangère. De la même manière que le fichier fusion des Ivoiriens, ce fichier est issu d`une fusion de plusieurs fichiers de l`administration où est précisée la nationalité des individus qui y sont enregistrés. Les croisements ont lieu au site central (forum) géré par la société SAGEM Sécurité, en collaboration avec l`lNS. Ces deux structures ont procédé jusqu`à ce jour à trois croisements successifs: Un croissement en direct et par ascendance achevé le 30 septembre 2009 Une première extension sur le croisement par ascendance achevée le 14 octobre 2009 Une deuxième extension sur le croisement par ascendance achevée le 3 novembre 2009. Lors de la réunion du 1er novembre 2009 à Yamoussoukro, les autorités ont décidé de procéder à trois extensions complémentaires de croisement par ascendance sur les 1.991.230 dossiers croisés négativement à l`issue de la deuxième étape décrite plus haut. Ces instructions sont contenues dans le communiqué conjointement signé par le Premier ministre et le Président de la CEl en date du 1er novembre 2009. Ce dernier croisement a permis de récupérer certains pétitionnaires sur la liste électorale provisoire et de dégager une liste d`environ 1.033.000 pétitionnaires qui devaient se présenter au croisement dit populaire, c`est-à-dire aux contentieux administratif et judiciaire, s`il y a lieu. Au total, il ressort que les croisements sont effectués suivant un mode opératoire bien défini qui fait intervenir quatre structures que sont l`Office National de l`Identification (ONI) la Commission Nationale de Supervision et de l`Identification (CNSI), en ce qui concerne le volet de l`identification; l`Institut National de la Statistique (INS) et la Société SAGEM Sécurité en ce qui concerne les élections. La CEl ne participe pas au croisement. Elle est simplement destinataire des résultats des croisements effectués par les structures citées plus haut.

 

II- DU CROISEMENT EFFECTUE PAR LA COMMISSION ELECTORALE INDEPENDANTE (CEI)

 

Il ressort de l`enquête que, suite au croisement effectué par les structures techniques habilitées à le faire (l`INS et la société SAGEM Sécurité), une liste d`environ 1.033.000 pétitionnaires avait été dressée. Cette liste affichée, tous les pétitionnaires qui y étaient inscrits devaient se rendre au contentieux, le cas échéant. Il est formellement ressorti que le Président de la CEl, Monsieur MAMBE BEUGRE, a sollicité du Bureau de ladite structure l`autorisation d`opérer un croisement interne grâce à des informaticiens. Cette demande a “été rejetée par le bureau de la CEI” courant décembre 2009. Le Président de la CEl a saisi la Commission centrale de la même demande. Son Vice-Président GOMIS Jean-Baptiste et les responsables des sous-commissions liste électorale et opération électorale qui sont respectivement TAPE Kipré et Monsieur DIARRASSOUBA Soumalaye, de même qu`un groupe de quatre informaticiens sont tous intervenus pour justifier le bien-fondé de ce croisement sollicité par Monsieur MAMBE Beugré. Malgré toutes ces interventions, la Commission électorale centrale a elle aussi rejeté cette demande, au motif que la liste provisoire ayant été affichée, il était inopportun de faire quelque croisement que ce soit. Car les personnes concernées par ce croisement devaient se rendre au contentieux. Aussi, l`accord des partis politiques n’avait pas été obtenu. Il faut préciser qu`enfin, les structures techniques (INS et la société SAGEM Sécurité) n`avaient pas été associées à ce nouveau croisement. Le Président de la CEl s`est même adressé à Monsieur le Président de la République, le 25 décembre 2009, pour réitérer la même demande d`opérer un croisement. Monsieur le Président de la République lui a signifié l`inopportunité de sa requête en justifiant son refus par les mêmes arguments avancés aussi bien par le Bureau que par la Commission centrale de la CEI. Malgré toutes les oppositions clairement signifiées au Président de la CEl, Monsieur MAMBE BEUGRE a pris sur lui l`initiative de faire procéder par sa structure, en violation de tout mode opératoire, à un croisement pour récupérer des pétitionnaires parmi ceux figurant sur les listes de 1 033 000 pétitionnaires qui devaient se présenter au contentieux. Pour ce faire, il a fait convoquer, le lundi 28 décembre 2009, le comité des experts de la CEl par son directeur de cabinet, monsieur ADOU Antoine, à une réunion ayant pour ordre du jour, entre autres les supports informatiques de traitement des contentieux et la recherche par la CEl des cas litigieux. Le directeur de cabinet du Président de la CEl a déclaré au comité des experts que Monsieur MAMBE BEUGRE voudrait que la liste des 429.030 pétitionnaires retrouvés à l`issue du croisement interne soit mise à la disposition des commissaires dans les commissions électorales locales (CEI). Ce qui fut réalisé conformément au souhait du Président de la CEI. A la suite de la réunion tenue le 7 janvier 2010 à la Primature, en présence de Monsieur le Premier ministre, du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, du Représentant du facilitateur du dialogue direct de l`APO, des directeurs dénéraux des structures techniques intervenant dans l`établissement de la liste électorale et des commissaires de la CEl, les faits relatifs au croisement ainsi opéré et portant sur les 429.030 pétitionnaires ont été évoqués par Monsieur le Premier ministre et reconnus par le Président de la CEI. Ensuite, un communiqué du Porte-parole de Président de la République a fait état, le 9 janvier des manipulations frauduleuses par la CEl de la liste électorale. Le Président de la CEl a réagi pour soutenir qu`il s`agissait d`un croisement interne qui avait été fait pour sa propre gouverne. L`enquête diligentée par le Parquet a révélé tout le contraire des thèses défendues par celui-ci. En effet, en vue de procéder à des investigations sur le terrain, Monsieur le Procureur de la République a instruit les enquêteurs, à l`effet de se rendre dans quatre des onze CEl départementales où des superviseurs ont reconnu, à la réunion tenue le 12 janvier 2010, que des fichiers intitulés «liste des pétitionnaires retrouvés par la CEl sur le résiduel de la SAGEM» avaient bel et bien été installés dans les ordinateurs de leurs commissions départementales. C`est ainsi que deux équipes se sont rendues successivement du samedi 30 janvier au mardi 2 février 2010, à ABENGOUROU, DIMBOKRO, DUEKOUE et TOULEPLEU. Il est ressorti notamment à ABENGOUROU que la technicienne de la CEl, Mademoiselle DOMORAUD, lors de la formation des commissaires locaux, a instruit ceux-ci de valider tout pétitionnaire figurant sur le CD incriminé que celui-ci se soit présenté ou non aux réclamations. C`est ainsi qu`appliquant les instructions reçues, le commissaire KOUADIO Modeste de la Commission électorale communale d`ABENGOUROU a reçu dame KOUASSI Asso Viviane, née le 10 novembre 1986 à AGOUA, sous-préfecture de BONGOUANOU, de KOUASSI N`GUESSAN et de MEA ANGBOMAN, et l’a dispensée de la production d`une pièce justifiant l`identité de son père au motif que, figurant sur la liste résiduelle, son inscription devenait automatique. Il a été également constaté l’existence, dans l`ordinateur de ladite commission électorale, d`une page de la liste résiduelle qui n`a pas pu être détruite pas l’informaticien de la CEl, alors qu’il avait détruit les autres sur instruction de sa hiérarchie à la suite de la déclaration du Porte-parole du Chef de l`Etat. Cela prouve que la liste résiduelle a été effectivement introduite dans l`ordinateur concerné. Le Président de la Commission électorale régionale du Moyen-Comoé, Monsieur Daouda TOURE nous a assisté dans nos investigations. En ce qui concerne DlMBOKRO, il est ressorti que l`informaticien de la CEl, Monsieur TATCHl, avait imprimé, à partir du fichier incriminé, deux listes concernant les centres d`Ebimolossou et de Bénédiction pour servir d`illustration à la validation des listes issues du fichier résiduel. Seulement, nous n`avons pas trouvé les fichiers incriminés dans l`ordinateur, car, selon l`expert informaticien, ils ont été effacés. Son rapport nous situera éventuellement sur les dates de suppression et la nature exacte de cette suppression. Monsieur SORO N`GOLO Aboudou, Président de la Commission électorale régionale du N`Zl-Comoé, a été notre interlocuteur. Pour ce qui regarde le Moyen-Cavally, les investigations menées à Duékoué et à Toulepleu ont également permis d`établir l`insertion des listes résiduelles sur les ordinateurs des CEl locales. En effet, à DUEKOUE, le Président de la CEl sous-préfecture Centrale, Monsieur SlOGLOU Vincent a attesté que l`informaticien de la CEl, Monsieur FOFANA El Adj a effectivement introduit la liste résiduelle sur l`ordinateur de sa structure. Il a mis à notre disposition la liste que l`informaticien avait tirée du fichier résiduel avant de le retirer de l`ordinateur. Il a précisé qu`il ne savait pas si des rajouts avaient été faits à la liste électorale, parce que l`informaticien travaillait par fois seul sur les ordinateurs. Quant à Monsieur GUIRO KPEHA Julien, vice-président de la CEl départementale de Toulepleu, il nous a expliqué que l`informaticien de la CEl, M. ESSOH Badou, a effectivement installé la liste résiduelle sur l`ordinateur de leur structure. Il a montré, par la suite au commissaire, comment valider ladite liste par une simple touche. Suite à la découverte de la manipulation de la liste électorale par ce technicien de la CEl, une procédure judiciaire a été ouverte qui a abouti à sa condamnation par le tribunal de Daloa. Il a, en effet reconnu avoir formé les commissaires à la validation automatique de la liste résiduelle. En ce qui concerne TENG RELA, l`informaticien YAYA SlDIBE a confirmé avoir validé la liste résiduelle en sa possession. Il précisait toutefois que certains pétitionnaires se trouvant sur ladite liste n`existaient pas en réalité. Il a pris l`exemple de TRAORE KALOKO du centre de collecte EPP SOROKOUMO, secteur administratif Tengrela inconnu des commissaires locaux de cette petite communauté. Il nous a produit deux listes de présence attestant du travail effectué, ainsi que le rapport d`activités dressé par le Président de la CEl départementale de Tengrela. Il faut souligner par ailleurs, que les informaticiens au nombre de 70, à l`exception de ESSOH Badou en détention, et de YAYA SIDIBE qui s`est présenté spontanément à nous, ont refusé de comparaître. Il en est de même pour le Secrétaire général Monsieur YAPI Jacques, le responsable des informaticiens KOUAKOU Julien, le Directeur de cabinet ADOU Antoine, le vice-président GOMIS Jean Baptiste et le Président de la CEl MAMBE Beugré pourtant dûment convoqués. La liste de ces informaticiens est jointe à ce présent rapport. Cet état de fait démontre à l`évidence que ces personnes avaient non seulement des choses à se reprocher mais avaient aussi procédé à une concertation frauduleuse pour empêcher que leurs agissements soient mis à nu.

 

 

III - DE LA RESPONSABILITE DES MEMBRES DE LA COMMISSION ELECTORALE INDEPENDANTE

 

L`enquête a mis en exergue la responsabilité des personnes suivantes:

- Monsieur MAMBE BEUGRE, Président de la CEl

- Monsieur GOMIS Jean-Baptiste, vice Président de la CEl ;

- Monsieur ADOU Antoine, Directeur de cabinet du Directeur de la CEl;

- Monsieur YAPI Jacques secrétaire Générale de la CEl ;

- Monsieur KOUAKOU Julien responsable du service informatique de la CEl

 

1) LE CAS DU PRESIDENT DE LA CEl, MONSIEUR BEUGRE MAMBE

 

Monsieur MAMBE BEUGRE, Président de la Commission électorale indépendante a donné les instructions nécessaires à ses structures techniques aux fins de procéder à un croisement interne à la CEI Il l`a fait en violation du mode opératoire relatif au croisement qui n`autorise nullement la CEl à pratiquer cette opération même pour sa propre information. Aussi l`enquête a établi, sur le terrain, que les fichiers contenus dans les CD introduits par les techniciens de la CEl, dans les ordinateurs des commissions électorales locales, comportaient la liste des 429 000 pétitionnaires que les commissaires locaux devaient valider par une simple touche, que le pétitionnaire se soit ou non présenté au contentieux. Le Président de la CEl, ordonnateur des dépenses de sa structure, est celui-là même qui a autorisé les décaissements financiers pour l`exécution de la mission des 70 techniciens allés sur le terrain pour l`installation des CD. Il a, par ailleurs, avoué, dans sa déclaration du 20 janvier 2010, que les CD incriminés se sont retrouvés sur le terrain. Les instructions qu`il a données, après que l`affaire a éclaté, pour demander le retrait des CD dont s`agit ne sauraient, en aucun cas, lui faire bénéficier d`une quelconque bonne foi. En effet les CD avaient été déjà installés dans plusieurs commissions électorales régionales, départementales, communales, sous-préfectorales, etc.. Il résulte de tout ce qui précède que le Président de la CEl Monsieur MAMBE BEUGRE est coupable d`avoir fait inscrire ou tenté de faire inscrire des pétitionnaires qui n`y avaient pas droit sur la liste électorale; d`avoir par ailleurs fait du faux et en avoir usé. Ces faits sont prévus et punis par les articles 41 de l`ordonnance n°2008-133 du 14 avril 2008 portant ajustement au Code électoral pour les élections de sortie de crise, l`article 21 du décret n°2008 134 du 14 avril 2008 fixant les modalités d`établissement de la nouvelle liste électorale, les articles 282, 283 et 284 du Code pénal.

 

2) LE CAS DE MONSIEUR GOMIS JEAN-BAPTISTE

 

Le vice-Président GOMIS Jean-Baptiste a pris une part active dans la décision de réaliser le croisement interne de la Commission électorale indépendante. En effet, il a fait intervenir TAPE Kipré et DIARRASOIUBA Soumalaye respectivement responsable des sous commission liste électorale et opération électorale, qui dépendent directement de lui pour convaincre `d`accepter le croisement interne. Aussi le comité des experts de la CEl a été par lui instruit pour finaliser les travaux relatifs aux décisions arrêtées à la réunion du lundi 28 décembre 2009 notamment la recherche par la CEl des cas litigieux. Par ailleurs, il a présidé la réunion qui a instruit le comité d`experts de la CEl à l`effet de trouver le mode opératoire en ce qui conceme les 429.030 retrouvés . par la CEI. Le concernant, les mêmes infractions et textes ci-dessus visés s`appliquent également.

 

3) LE CAS DE MONSIEUR ADOU ANTOINE

 

- Monsieur ADOU Antoine, Directeur de Cabinet du Président de la CEl, a convoqué par SMS le comité des experts (informaticiens) à une séance de travail avec le Président de la CEI Dans l`ordre du jour qu`il avait indiqué dans son message, il était marqué, entre autre: “Recherche par la CEl des cas litigieux”. C`est également lui qui a rendu visite au comité des experts et l`a instruit que le Président de la CEl sollicitait que les 429.030 pétitionnaires retrouvés à l`issue du croisement interne de la CEl soient mis à la disposition des Commissaires dans les Commissions électorales locales. Il a également participé à la réunion de validation des décisions arrêtées par le comité des experts. Monsieur ADOU Antoine, Directeur de Cabinet de la CEl, est le rédacteur de la feuille de route distribuée aux techniciens qui se sont rendus dans les 70 centres de coordinations. Cette feuille de route fait état de l`utilisation des CD incriminés. Les infractions et textes applicables aux deux personnes visées plus haut le concement également.

 

4) LE CAS DE MONSIEUR YAPI JACQUES

 

Monsieur YAPI Jacques, secrétaire général de la Commission électorale indépendante, a établi des ordres de mission des 70 techniciens qui se sont rendus sur le terrain pour l`exploitation des fichiers portant sur la liste des 429.030 pétitionnaires retrouvés par la CEI. Il a coordonné toutes les activités devant y aboutir en toute connaissance de cause. C`est lui qui a signé les ordres de mission des informaticiens. Le concernant, il peut lui être reproché de s`être rendu complice des faits reprochés aux trois premiers.

 

5) LE CAS DE MONSIEUR KOUAKOU JULIEN

 

Monsieur KOUAKOU Julien, responsable du service informatique de la CEl, a pris une part importante dans le croisement effectué par les informaticiens de la CEI. Il a instruit les informaticiens de travailler directement avec les présidents départementaux de la CEI. Il a notamment invité les techniciens à remettre les listes résiduelles aux commissaires des CEl locales et que ceux-ci savaient ce qu`ils devaient faire. En outre, l`enquête a mis en exergue qu`après l`utilisation des listes résiduelles par les techniciens dans les ordinateurs des CEl locales, ceux-ci devaient copier les données des ordinateurs sur des CD vierges pour les remettre à KOUAKOU Julien. Il est indéniable que son rôle dans le déroulement des faits est prépondérant. En effet, l`un des informaticiens, en l`occurrence Monsieur YAYA SIDlBE, a expliqué que les CD comportant la retranscription des données des ordinateurs après la prise en compte du fichier résiduel devaient être mis sur le fichier de la SAGEM. Monsieur KOUAKOU Julien s`est donc aussi illustré comme complice des actes posés par le Président de la CEl et ses collaborateurs.

 

IV-LES CONSEQUENCES DES ACTES POSES

 

Les conséquences des actes posés par le Président de la CEl, Monsieur MAMBE Beugré, sont d`une extrême gravité. En effet, en ayant procédé à un croisement avec l`aide de sa seule structure, malgré les oppositions de la Commission centrale et du Bureau de la CEl, ainsi que du Président de la République et en ayant mis le résultat de ce croisement entre les mains de techniciens qui l`ont appliqué dans la plupart des ordinateurs des Commissions électorales locales, il fait planer une suspicion légitime sur la fiabilité de la liste électorale. Il résulte des missions effectuées par les enquêteurs et des experts en informatique à DUEKOUE, TOULEPLEU, ABENGOUROU, DIMBOKRO que les techniciens ont effectivement introduit certains des pétitionnaires issus du croisement interne de la CEl dans les ordinateurs de ces CEl locales. Certains techniciens ont retiré les fichiers des ordinateurs dans lesquels ils les avaient introduits, alors que d`autres n`en avaient pas eu l`occasion. Les données recueillies, lors de notre enquête, dans les disques durs des différents ordinateurs des CEl locales, par les experts en informatique sont l`objet d`étude et les résultats seront disponibles très bientôt. Seulement, il a été clairement établi que des fichiers avaient été introduits dans certains ordinateurs avant d`être effacés. En plus de la suspicion sur la fiabilité de la liste électorale, les agissements du Président de la CEl et de ses collaborateurs sont de nature à troubler l`ordre public. En effet, le déchaînement de passion et d`émoi créé actuellement dans la population est de nature à porter atteinte à la cohésion sociale. A cet égard, toutes les personnes visées sont passibles des sanctions de l’article 169 du Code pénal.

 

CONCLUSION ET SUGGESTIONS

 

Au total, l`enquête a permis d`établir ce qui suit:

- La CEl a procédé à un croisement, de son propre chef, en dehors de l`INS et de la SAGEM, opérateurs techniques seuls habilités par les textes de loi et les accords paix à faire des croisements dans le cadre de l`établissement des listes électorales.

- Le Président de la Commission électorale indépendante, Monsieur MAMBE Beugré a pris l`initiative de cette entreprise qui a vu la participation de ses collaborateurs GOMIS Jean- Baptiste (Vice-Président de la CEl), ADOU Antoine (Directeur de Cabinet du Président de la CEl), YAPI Jacques (Secrétaire général de la CEl) et KOUAKOU Julien (responsable du service informatique de la CEl), ainsi que des 70 informaticiens.

- L`entreprise déjouée avait pour but de rajouter à la liste électorale définitive certains pétitionnaires se trouvant sur la liste à fond gris concernant les 1.033.000, donc devant se présenter au contentieux le cas échéant. En effet, Monsieur YAYA SIDIBE, informaticien de la CEl ayant pris une part active dans la confection des logiciels et la formation des techniciens allés en mission sur le terrain et plusieurs commissaires locaux ont expliqué que les fichiers comportant la liste des 429030 pétitionnaires retrouvés par la CEl sur le résiduel de SAGEM devait être validée par une simple touche sur les ordinateurs des CEl locales pour les faire basculer sur la liste électorale définitive. Par la suite, les techniciens devaient copier les données des ordinateurs des CEl locales sur des CD et les rapporter au responsable du service informatique de la CEl à charge pour lui de les ajouter aux logiciels de la SAGEM.

- le mécanisme de l`entreprise incriminée a commencé par la saisine par le Président de la Commission Electorale Indépendante, Monsieur MAMBE Beugré, du Bureau de la CEl pour lui soumettre son projet de procéder à un croisement. Il s`est poursuivi, courant décembre 2009 par l`exposé du projet par le vice-président GOMIS Jean Baptiste et des experts informaticiens devant la Commission Centrale de la CEl, à l`initiative de Monsieur MAMBE Beugré. Par la suite, les techniciens de la CEl au nombre de 70 avec 70 CD ont été mis en mission, du 05 au 14 janvier 2010, pour l`inscription des fichiers comportant les 429.030 pétitionnaires retrouvés par la CEl sur le résiduel de la SAGEM, dans les ordinateurs des CEl locales, ceci en marge de leur mission officielle de formation des Commissaires Départementaux. Il ressort des déclarations constantes des superviseurs Régionaux qu’ils n’ont pas été associés à lexécution de la mission des techniciens de la CEL Mieux, il a été recommandé à ces derniers de ne pas rentrer en contact avec eux. C’est ainsi que même lorsque certains d`entre eux ont été informés, a postériori de la présence des techniciens dans leur zone de compétence et qu`ils ont marqué leur opposition à la poursuite de la mission des techniciens, leurs préoccupations n`ont pas été prises en compte. En effet, les techniciens avaient reçu instruction de travailler directement avec les Présidents Départementaux. Il convient de faire remarquer que le logiciel et les CD comportant la liste des 429.030 pétitionnaires retrouvés par la CEl sur le résiduel de la SAGEM permettait à toute personne possédant un code d’entrée aux ordinateurs des CEl locales de procéder à l`inscription des personnes concernées, par une simple touche, sur la liste électorale. La plupart des commissaires locaux ont attesté que les techniciens de la CEl se sont soit enfermés seuls pour travailler avec le CD portant la liste résiduelle, soit l`ont fait avec les seuls Présidents des CEl départementales.» Il y a donc lieu de déclarer que certains pétitionnaires figurant sur la liste suscitée ont été inscrits directement sur la liste électorale définitive comme ce fut le cas dans certaines localités telles que ABENGOUROU et TENGRELA. Il convient donc de faire procéder à une expertise des listes à compter de la date de la mission des techniciens de la CEl sur le terrain et en tenant compte des CD incriminés pour extirper ces pétitionnaires litigieux de la liste électorale en cours. Tel est le rapport établi par le Parquet relativement aux fraudes sur la liste électorale.

Le porte-parole du Parquet d`Abidjan-Plateau

Pour Le procureur de la République Diakité Mamadou

 

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Le fétichisme de l’argent aurait perdu le Président Beugré Mambé si on en croit le regard posé, sur cette affaire incroyablement malhonnête, par Abdoulaye Villard Sanogo. Lisons.

Le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Robert Beugré Mambé, est un homme “mort”. Toutes les enquêtes menées pour élucider le cas des 429.000 pétitionnaires qu’il a introduits dans le fichier électoral le tiennent pour responsable de cette vaste fraude. La preuve ! Il faudra à Robert Beugré Mambé, président de la Commission électorale indépendante (CEI), se réveiller très tôt, avant les coqs et Dieu lui-même (y arrivera-t-il ?), pour échapper à la prison. Dans l’affaire des 429.000 électeurs croisés dans le noir par les services de la CEI, les résultats des enquêtes menées depuis deux semaines sont terrifiants. Beugré Mambé, par le biais de son directeur de cabinet, M. Antoine Adou dit AA, et un de ses vice-présidents, le sieur Jean-Baptiste Gomis, a piloté de bout en bout le projet. Selon les conclusions de l’enquête dont Notre Voie a eu copie, c’est, au bas mot, 125.000.000 de FCFA que le président de la CEI a décaissés pour mener à bien cette fraude. Cette somme se répartit comme suit : 112.000.000 de FCFA pour l’installation du logiciel qui a permis l’introduction des 429.000 noms croisés par Mambé sur la liste électorale en confection et 12.200.000 FCFA pour l’“édition des 429.000 cas litigieux”. Par édition, il faut entendre l’achat des disques durs externes à 8.000.000 de FCFA, l’achat des papiers rames A4 à 4.150.000 FCFA et le gravage des données à 50.000 FCFA. Selon les enquêteurs, c’est le DAF de Mambé qui, craignant d’aller en prison à la place de son patron, a sorti de son tiroir le budget de l’opération ordonnée par Mambé. Avant cette donne, le président de la CEI continuait de dire que les informaticiens sont allés en mission sans qu’il ne sache que c’est pour introduire frauduleusement le fichier des 429.000 croisés clandestinement. Etant le principal ordonnateur des dépenses, il ne pouvait plus dire qu’il n’a pas autorisé l’expédition, alors qu’une telle somme ne peut être décaissée sans sa signature. Les choses sont si claires dorénavant que c’est de la bouche des quatre experts informaticiens entendus par les enquêteurs que l’on a su qu’en réalité, la fraude porte sur 429.030 pétitionnaires. Pour le reste, ceux qui suivent l’actualité de cette scabreuse affaire savent plus ou moins que le président de la CEI, malgré les mises en garde successives de ses collaborateurs, malgré celle du chef de l’Etat, a tenu à faire son croisement et à introduire les noms croisés dans le noir dans le fichier électoral. Selon les résultats de l’enquête, tout a commencé juste après la publication de la liste électorale provisoire avec son corolaire de cas litigieux. Robert Mambé informe le Bureau de son initiative et demande son avis. Niet, répond le Bureau qui trouve l’initiative de son président inopérante et malheureuse parce que venant sur le tard. Le président de la CEI, qui tient à son initiative, passe outre le Bureau et saisit les sous-commissions chargées des opérations électorales qui font un rapport à la Commission centrale de la CEI. A son tour, la Commission centrale dit niet et avance les mêmes arguments que le Bureau. A savoir que le croisement en question a été fait à leur insu et, surtout, à l’insu de SAGEM-sécurité et de l’INS. Nous sommes le 14 décembre 2009. Toujours selon les résultats de l’enquête, 12 jours après le refus de la Commission centrale de la CEI, c’est au tour du chef de l’Etat qui, recevant Mambé et trois de ses vice-présidents, a demandé au président de la CEI de surseoir à son projet dès lors que la liste électorale provisoire est affichée. Laurent Gbagbo est allé plus loin pour demander aux opérateurs techniques d’arrêter toutes les recherches informatiques dont les résultats ont abouti à l’affichage de la liste électorale provisoire. Nous sommes bien le 25 décembre 2009. Mais, pour Mambé, c’était trop tard, puisque le mal était déjà fait. Le président de la CEI tendait en fait un piège au chef de l’Etat. C’est que, depuis le 17 décembre 2009, soit trois jours après que Mambé a essuyé le refus de tous ses collaborateurs, les CD contenant le fichier des 429.030 croisés au noir étaient à l’intérieur du pays, entre les mains des commissaires centraux. Et comme toute l’opération devait se faire dans la clandestinité, aucun commissaire-superviseur n’a été informé. Pourtant la mission des commissaires centraux s’est déroulée entre le 17 et le 25 décembre. Mambé ne pouvait donc plus reculer. Il lui fallait foncer comme un bélier, la tête baissée. Ce qui veut dire passer outre les recommandations du président de la République. Trois jours après sa rencontre avec le chef de l’Etat, il fait convoquer, par son directeur de cabinet, une réunion des experts informaticiens de la CEI. Ils avaient pour mission d’élaborer une feuille de route de 70 informaticiens qui iraient en mission dès le 31 décembre 2009 pour le District d’Abidjan et le 2 janvier 2010 pour l’intérieur du pays afin d’installer le fichier contenant les 429.030 pétitionnaires croisés au noir. Quelle audace ! Mais ne dit-on pas que ce type d’audace a un prix ? Ainsi est née l’affaire des 429.000 pétitionnaires croisés en clando et introduits frauduleusement sur la liste électorale en confection. Elle a été mise sur la place publique au lendemain d’une réunion tenue à la Primature et qui a réuni, outre le Premier ministre, le Représentant spécial de Ban Ki-moon, celui de Blaise Compaoré, Facilitateur, et les opérateurs techniques chargés des élections. Si l’on en croit les informaticiens envoyés sur le terrain par Mambé, le fichier en question a fini par être retiré des machines ou détruit au lendemain de cette réunion. C’est-à-dire le 7 janvier 2010.

Abdoulaye Villard SanogoGagnoa2aout1.jpg

 

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