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11/03/2010

Alea jecta est

 

381px-Cizaouli.jpgMon ami Peepee m'a invité pour saluer littérairement le passage de Lilian Thuram à Montpellier. J'ai saisi l'occasion pour dire tout le bien que je pensais du footballeur noir de France, le pourfendeur des théories barbantes des mêmes teints et timbres, des mêmes esprits translucides, des mêmes crayons improbables. D’abord l’étonnement du lecteur assidu de Lautréamont et de Rousseau le solitaire !

 


Lilian Thuram en dédicace

- par Peepee -

La Librairie était noire de monde. C'est dire que les pérégrinations du grand footballeur, l'homme aux 142 sélections sont bel et bien vivaces dans l'esprit des supporters après l'épopée de France 98. La France Blanc Black Beur!!!

Nul doute que le sort du grand Lilian n'en serait ainsi n'eût été l'immédiate réponse donnée à ces sceptiques en marquant les deux buts en demi finale venus de nulle part, suite à sa bourde quelques minutes auparavant. Le football est décidément un jeu où la notion d'incertitude trouve sa pleine mesure. Sic!

Aujourd'hui, ce jeune retraité explore le champ de la littérature. Pas mal non! N'allons pas lui demander de tordre, ni de courber la langue française, à la manière de Kourouma, ou user de la fulgurance de Lautréamont pour habiller ses écrits.

En choisissant, la biographie, Lilian a voulu rendre hommage aux siens, aux Noirs, une dette culturelle, un transfert. Les étoiles noires arrivent à point nommé, dans les dédales d'une France où les fonds baptismaux sont battus en brèche, écorchés à souhait.

L'identité. Cet énième concept, tout comme l'immigration, la violence à l'Ecole, les rapports Parents Professeurs Elèves, sans occulter la citoyenneté, n'ont pas fini de nous masturber intellectuellement. L'échange dont il devait être question, a accouché d'une souris. Nous avons assisté à un vrai monologue. Et pourtant, la salle était comble, de quoi ragaillardir à l'idée de débattre. Peine perdue! Lilian est venu, a vu, est parti. « Alea jecta est », disent les latins. Le sort en est jeté.

Du racisme, il a parlé, de races, il a glosé. Des exemples pris çà et là, le recours récurrent à l'Enfance, comme ferment positif d'une thèse justificatrice et purificatrice d'un humanisme exacerbé, annonciateur d'un monde fraternel. On l'a entendu, mais nous sommes déçus. « On ne naît pas raciste, on le devient », thèse rousseauiste. Tour à tour, Esope et le pastiche du Loup et le chien de la Fontaine, Césaire, discours sur le colonialisme, la Négritude, Fanon, Peaux noires masques blancs, Malcom X ou Luther King, Gobineau et son concept de la différence des races sont passés au crible fin.

Après quoi, il est parti sur Paris, tel Donquichotte, après avoir accompli sa mission pécuniaire! La vente de son graal. Ainsi va le monde, là a expliqué Lilian, l'objet de sa fondation. Pouvait-il en être autrement?

Peepee

 


Point!

- par Lettê na Lettê -

Je te salue

Mon frère

Mon ami

Du mot de la palabre africaine qui ne se négocie pas mais qui se dit, le mot qui coule et découle comme le nœud de gibet connu et reconnu par les monts et par les vaux du pays d'où vient le scribe des étoiles obsidiennes ! Palabrons donc sous les lumières éteintes des lucioles noires. Fabriquerons-nous du sens aux bourdes des marais et des fosses communes rouvertes par Thuram ? Je sais déjà le rendu de « crible fin ». Thuram veut se libérer d’une dette ! Mais quelle dette ? La victime est bourreau ? Thuram s’est sommé, se somme de réparer ! Mais réparer quoi au juste ? Le monde à l’envers !

Ah ! J’oubliais ! Thuram n’est pas Damas !

Ah ! J’oubliais ! Thuram n’est pas Fanon

Ah ! J’oubliais ! Thuram n’est pas Biko

Ah ! J’oubliais ! Thuram n’est pas Senghor

Ah ! J’oubliais ! Thuram n’est pas Césaire

Il est Thuram ! Lunettier d’identité virtuelle !

Et les questions se bousculent ! Les réponses maladroites aussi ! Quelle est cette gloire noire qui se pare des honneurs des sanguinaires ? Quelle est cette gloire noire qui se pare des hochets et rubans qui ont vidé nos terroirs sylvestres ? Par la mission de l’assassinat culturel ! Par la « guerre de l’expansion coloniale » ! Par l’expropriation violente, les razzias et les massacres génocidaires ! Quelle est cette réussite qui revendique les pansements moq ueurs ? Et qui s’exhibe fièrement avec les conversos ?

Pourquoi des portraits de sarcophages nègres quand le crayon basaltique peut, d'un trait d'encrier, poser le garrot à l'hémorragie des nôtres qui se cognent contre Ceuta et meurent dans la chaudière du Sahara marocain !

Oui, il veut rendre la place qui leur est due à ceux et celles d'avant ! Et qu’a-t-on entendu ? Thuram fastidieux de bourdes !

Pour quel usage ?

Pour quel commerce ?

C'est le mot juste!

Pour quel commerce obscur ?

Mystère de la défaite complice !

La palabre africaine ce n'est pas Thuram. La palabre africaine ce n'est pas seulement l'agilité d'or des pieds même si c'est aussi un trait de notre patrimoine artistique portée. Comme le danseur du gbègbè ! Comme le danseur du poro ! Comme le danseur du zaouli ! Comme le danseur du goli ! Comme le danseur du goumbè ! La palabre des Nègres ! C'est plus compact que les pleins et les déliés d'une litote incisive. La palabre à l'intérieur du cercle, c'est l'incandescent de notre silence individuel et collectif ! Le volcan pacificateur des tribus perdues dès l'homme de Grimaldi !

Thuram fondateur est venu ! Il a fait son marché ! D'autographes bien d’ici ! De footballeur torturé aux repères des buts et du bu t final comme on disait naguère « solution finale » ! Il a pris nos dernières cauris, nos dernières colas, notre monnaie de la dot des fiançailles et de l'alliance avec nous-mêmes ! Il est parti ! Et nous, nous nous mordons les doigts de lui avoir donné le peu que nous avions pour tracer nos vers palabreurs sans traces!

Et lui, le millionnaire noir, il a pris sans se poser la moindre question! Peut-être que la poche qui a honoré sa visite s'est définitivement trouée! Le patriote lecteur des dernières oraisons funéraires dites à la plume Thuram mourra peut-être dans le plus parfait des anonymats et des silences du midi occitan ! Et on ne verra sans pas Thuram !

Et lui, le millionnaire noir, il n'a rien donné pour manger, non, pour survivre dans nos cercles aléatoires ! Où, Il a déposé les briques noires de ses Etoiles noires, la nouvelle ciguë pour voir s'allumer ou s'enflammer comme autrefois les nôtres aux versatiles et insipides littératures des ossuaires.

Je te salue

Mon frère

Mon ami

Je n'ai pas pu y être pour faire aussi, comme tous les autres, le rictus dépité et parler comme Addiaffi le bossoniste nègre: « Silence Thuram écrit ses mémoires ! » pour magnifier la théodicée mémorielle, la nouvelle théologie de la libération interminable promue par les ouailles du « Cardinal juif » ! Non merci! Nous parlerons notre « sifflement » africain. Point !

Le jour se lève toujours

Lettê na Lettê

01:28 Publié dans Dialogue des mots | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dialogue

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