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26/03/2010

Séry Dédy cause de la tribu des Gentils Mal Gens?

IMG_0321.jpgDes observateurs estiment que le tribalisme fait rage dans le débat politique. Partagez-vous cette assertion?

Le tribalisme ne date pas d’aujourd’hui. Je raisonne toujours comme le médecin épidémiologiste qui dit que la maladie n’est jamais au présent. Elle est toujours au passé. N’ayant pas été réglé au cours des années 60, 90 ou même 2000, on ne peut s’attendre qu’à le rencontrer. Il est permanent. C’est le tribalisme qui a été le vecteur de la politique du Pdci. Laquelle politique a duré de 1960 jusqu’en 2000. Tous les reflexes des populations sont d’ordre tribalistes parce qu’il fallait diviser pour régner. L’Occident a d’abord opposé les Africains en les catégorisant en population gentilles et non gentilles. C’est un ainsi que la Côte d’Ivoire était appelée le pays des mal gens, ensuite des bonnes gens et un autre nom animalier, Côte d’Ivoire. Je ne m’étonne pas que le tribalisme survive. Il y en a qui s’en servent aujourd’hui. La Côte d’Ivoire ayant évolué, évidemment les nostalgiques ne peuvent que se servir des cordes sensibles comme la religion, le tribalisme, la région. Au lieu de penser aux thèmes généraux, de promouvoir la démocratie d’opinion, on s’accroche parce que c’est l’élément le plus facile, le tribalisme.

Vu que le pays traverse une crise, face à cette situation, quel doit être le rôle de l’intellectuel ?

L’intellectuel est mis largement entre parenthèses. Il a du mal à se faire entendre parce qu’il a faim. La population avec laquelle il doit converser a faim. Vu la dangerosité de la pauvreté, l’intellectuel n’a plus sa voix. Il a envie de jouer son rôle mais, il est balayé. J’ai encore à l’esprit la notion du cadre à l’époque du Pdci. C’est celui qui a de l’argent. Celui qui peut en donner aux autres etc. Mais l’intellectuel n’ayant pas d’argent, il n’est pas l’acteur principal aujourd’hui. Il y a beaucoup d’intellectuels qui sont allés brouter de l’herbe. C’est-à-dire aller manger. L’intelligentsia s’éteint dangereusement. Il y a de moins en moins d’intellectuels. Il y en a beaucoup qui ont ravalé leur principe sur la base duquel ils ont fait la prison sous Houphouët Boigny. Aujourd’hui, ils rampent, ils s’accrochent à des râteliers pour pouvoir manger. Je ne peux pas citer de noms mais il y a des gens avec qui nous avons combattu le Pdci qui considèrent aujourd’hui que le parti unique était la meilleure voie. En tant que nostalgiques du parti unique, ils continuent d’encourager cette voie avec les dérives tribalistes et régionalistes.

Le problème est que nombre d’intellectuels préfèrent se taire de peur des représailles.

Je peux comprendre qu’on se soit tu sous Houphouët Boigny. Mais aujourd’hui, c’est triste. Ceux qui ont mordu à cet appât, je ne les considère pas comme des intellectuels. Aujourd’hui où la parole est libérée, il y a des intellectuels qui se taisent. Parce qu’ils sont en train d’engraisser leur propre totem, c’est ça la honte. Les journalistes doivent traquer ces intellectuels qui se taisent. La Côte d’Ivoire est occupée militairement, elle est coupée en deux et il y a des intellectuels qui hier criaient à l’injustice, aujourd’hui, ne crient pas, n’ameutent pas les populations pour que la Côte d’Ivoire recouvre sa dignité et sa souveraineté. C’est ça la situation la plus grave à déplorer. Ils deviennent nostalgiques et ils se taisent parce qu’en général lorsqu’on a la bouche pleine, on ne parle pas. Ils veulent manger au Pdci et donc ils encouragent le Pdci à prendre le raccourci. C’est-à-dire, ne pas faire l’opposition à la normale mais prendre des raccourcis de type marche insurrectionnelle et coup d’Etat ou taper sur la fibre sensible de la tribu la plus nombreuse, la plus capable de diriger etc.

Pour les prochaines élections, pensez-vous que les vieux réflexes : Bété=Fpi, Akan= Pdci et dioula= Rdr ne seront plus d’actualité ?

Les événements que nous avons vécus jusque-là nous ont permis de savoir aujourd’hui qui s’est servi de la religion, de l’ethnie, de la région pour provoquer la guerre. La vérité se trouvant dans la durée, beaucoup d’Ivoiriens ont compris que ce sont les populations qui ont souffert et c’est vraiment la majorité. Les gens ont souffert de l’amalgame, des mensonges. Ils comprennent que l’avenir de la Côte d’Ivoire ne se trouve plus dans la tribu ou la religion. La campagne n’a pas encore commencé. La démocratie d’opinion va s’installer à partir d’une réflexion : qui a emmené la guerre et quelles sont ses conséquences. Et ces conséquences, nous allons les subir, nos enfants, de même que nos petits enfants pendant une cinquantaine d’années. Le demi-siècle à venir portera les stigmates de cette guerre. Ceux qui voudront qu’il n’y ait pas d’autres guerres vont voter les victimes de la guerre. C’est-à-dire, le parti de Laurent Gbagbo, la galaxie patriotique. Il y aura un sursaut.

Concernant la liste électorale, le Fpi a dressé des milliers de noms de personnes à consonance nordistes qu’on doit radier du listing. Le contentieux est bloqué. Comment doit-on dénouer cette crise ?

Pour le contentieux, je suis pour des radiations sur des bases objectives. La liste provisoire est provisoire. Il y a des personnes dont on a reconnu, et qui reconnaissent elles-mêmes sur les photos qu’elles appartiennent à des ascendants dont les parents ne sont pas d’ici. Ils ont été pris la main dans le sac. Je donne l’exemple du gardien de l’école de gendarmerie. Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse pour celui-là ? L’un des motifs de cette guerre, étant le tripatouillage, les élections non libres et non transparentes obligatoirement, il y a lieu d’extirper ces gens qui sont convaincus de tricherie. Depuis le général Guéi jusqu’à présent, les gens qu’on prend tous les jours la main dans le sac, personne ne peut nier. Il ne s’agit pas de tout reprendre ou de tout remettre en cause. Mais ceux dont on a la preuve qu’ils ont triché doivent être extirpés. Parce que c’est un problème important. Ça donne l’impression que la partie gouvernementale est contre les étrangers, alors qu’elle considère la multi culturalité ou la diversité comme une chance ou un capital. Mais en même temps, on ne peut pas aller aux élections avec des faussaires. C’est un problème de justice, de dignité. Si nous acceptons ceux qui n’ont pas droit, ça veut dire que nous sommes injustes envers nous-mêmes. L’injustice va changer de camp et la partie gouvernementale va admettre que d’autres commettent l’injustice. C’est ça le drame.

A Korhogo, le ministre de la Défense Amani N’Guessan a proposé le contentieux populaire sous l’arbre à palabre. Cette forme de retour au village est-elle acceptable ?

C’est une voie, la légitimité n’est pas mise en cause mais ça va prendre beaucoup de temps. C’est pour ça justement que j’aurai aimé que l’identification et l’enrôlement se fassent dans un contexte de désarmement. Ce qui a été fait sous la baïonnette ou la kalach, c’est ce qu’on considère aujourd’hui comme un acquis. Comment peut-on faire l’enrôlement pendant que le pays est coupé en deux ?

C’est peut-être parce que ça a été déjà expérimenté dans d’autres pays.

L’arme est un moyen d’intimidation. Les gens ont été intimidés. C’est sur la place publique que l’identification et l’enrôlement ont été faits. Mais à cause de la peur, les gens ont laissé passer des gens qui ne devraient même pas figurer sur la liste.

Mamadou Koulibaly et Michel Gbagbo avaient souhaité qu’on donne la nationalité à tous ceux qui étaient sur la liste dite litigieuse. Est-ce une approche de solution ?

Je sais qu’aucune nation ne peut prospérer à l’exclusion d’immigrés. En tant que sociologue, l’exemple des Etats-Unis est palpable. Mais on n’y entre pas n’importe comment. On le fait de façon régulière. Si on veut naturaliser tous les étrangers, moi je suis d’accord. Mais il faut qu’on suive la procédure et à une autre époque. Dans le contexte de campagne, ce n’est pas possible encore moins envisageable. Présenté comme ça, c’est comme si on voulait obtenir des électeurs. Il faut faire la part des choses. Celui qui vient dans votre pays, c’est la bénédiction. La Côte d’Ivoire est bénie. On n’a pas le temps de sensibiliser les étrangers ou les immigrés. Je n’ai pas de problème avec les immigrés mais plutôt avec la régularité du scrutin. On confond deux choses, c’est-à-dire, l’identification ou le recensement des populations qui se fait tous les 10 ans avec l’enrôlement des électeurs qui se fait maintenant. C’est cette superposition des actions et des initiatives porteuses de conflits. C’est ça mon problème. Sinon, les étrangers, on peut les régulariser, les intégrer, les naturaliser et il faut qu’on ait le temps de discuter avec eux pour voir qui fait quoi et qui est contre qui. Au début, on a accusé le Fpi d’être contre les étrangers, je dis non. En 1990, il était question de l’ouverture du multipartisme. Avant, il y avait un Etat avec le parti unique. Il y avait la tiédeur des électeurs ivoiriens qui n’allaient pas aux élections. Et comme Houphouët Boigny et ses amis avaient besoin de bourrer les urnes ils sont allés vers les étrangers. Avec l’avènement du multipartisme, il fallait séparer. Ce n’est pas un problème de xénophobie. Les pays qui nous entourent ont leurs nationaux qui votent chez eux. Les Ivoiriens ne votent pas là-bas au nom d’une certaine immigration. Les hommes politiques qui n’ont pas d’enracinement, ont vite mis le lien entre le droit et la xénophobie. Quand je suis aux USA au bout d’une semaine, on me dit que j’ai un séjour de 10 jours, à la fin du séjour on me met dehors. Ce n’est pas la xénophobie.

Marcoussis a proposé la régularisation du cas des personnes nées avant 1972. A l’occasion du recensement, on ne pouvait pas résoudre ?

Cela implique beaucoup de moyens, de temps, de sérénité. Le problème que nous vivons est celui de moderniser ou civiliser l’état civil ivoirien. C’est un travail colossal parce que depuis 1960 jusqu’au moment où je vous parle, l’état civil ivoirien n’existe pas. Ce problème, on ne peut pas vouloir le régler à l’occasion d’élections en même temps. C’est ça mon problème.

Venance Konan a fait remarquer que s’il y a 26% d’étrangers en Côte d’Ivoire, c’est juste parce que l’intégration n’a pas été bien faite. Il a trouvé anormal qu’un homme dont les parents vivent ici depuis deux générations soit traité d’étranger. Ce raisonnement est-il fondé ?

Notre ami prend souvent beaucoup de raccourcis. Il ne vient pas de naître. C’est sous ses yeux d’observateur critique que les 26% sont apparus. Pourquoi est-ce qu’il y a 20 ans de cela qu’il ne l’a pas dit. Je refuse de répondre à ce héros fait de toute pièce par la France, qui a toujours besoin de relais pour faire entendre sa voix. Rfi, par exemple. Ses relais sont radios des pays voisins. Venance parle au nom de celui qui l’a fait roi. Hier, il ne l’a pas dit. Aujourd’hui, il le dit parce qu’il agit pour le compte de ceux qui font de lui le héros de cette période. Je réponds à votre question en disant qu’en 1904, L’historien et économiste Paul Leroy- Beaulieu avait rassuré la France et l’Europe en disant, dans 100 ans, 200 ans, ce sont les colonies avec leurs intellectuels qui vont s’auto coloniser et la France n’aura plus de rôle à jouer. La France a pour relais en Côte d’Ivoire, le Rhdp. Les prévisions de Beaulieu se réalisent.

L’Onu vient de certifier la liste des 5,3 millions alors que le parti au pouvoir propose qu’elle soit auditée ? N’est-ce pas un combat vain ?

J’ai répondu indirectement à cette question. La liste publiée est provisoire. Pourquoi, on ne doit plus parler de fraude si on s’aperçoit que dans cette liste semi-définitive, il y a des gens qui sont des fraudeurs. Le cas Mambé doit nous interpeller. Le fétichisme des acquis est dangereux et suspect à mon avis. Qui savait que Mambé était en train de frauder ? Qui savait qu’il avait envoyé 70 informaticiens dans les Cei locales ?

Lors d’une interview accordée à Jeune Afrique, le président Laurent Gbagbo a dit que le plus grand cadeau que Bédié lui a fait est de s’être allié à Ouattara. Que signifie cette phrase ?

Nous sommes allés à Marcoussis, on nous a jeté à la figure l’accusation de type ivoiritaire. C’est le Fpi qui a présenté l’inventeur de ce concept. Il était assis à notre droite. La question de l’ivoirité a peut-être été mal appliquée, mais le concept en lui-même n’est pas une mauvaise chose, parce que toute nation travaille à son identité. Il n’y a pas de nation sans identité. Le Sénégal à sa sénégalité, les Etats Unis, c’est l’American way of life. Laissons donc ça de côté. Il faut plutôt qu’on nous dise l’origine de la guerre. Quand on est sorti de la salle, le premier groupe qui nous a remerciés était le Pdci. Niamkey Koffi l’a répété à Yamoussoukro à l’occasion d’un colloque qu’on a été honnête et qu’on ne voulait pas mélanger les choses. La question de l’ivoirité est une accusation de mauvaise foi. Ceux qui ont inventé le thème n’avaient pas la capacité intellectuelle de discernement ont accepté qu’on les accuse à tout bout de champ. Même ceux qui sont au pôle nord parlent d’ivoirité. C’est le Pdci qui a occasionné cela. Nous n’avons pas de complexe vis-à-vis de la personnalité nationale, l’identité nationale. Nous n’en sommes pas ses créateurs. C’est écrit dans notre projet de société que l’identité nationale n’est pas figée. Elle est l’apport de dynamisme intérieur et extérieur. Toute population qui vient, d’où qu’elle vienne, elle contribue au façonnement de l’identité nationale. Mais le complexe est venu du fait que celui qui a inventé le thème ne l’a pas défendu. Le débat de l’ivoirité, il faut d’abord le mettre dans son contexte, discuter ou essayer de lui enlever sa connotation accusatrice. Parce que les journalistes ou hommes politiques qui parlent d’ivoirité aident au façonnement de la personnalité culturelle de leur propre pays. C’est ce que Bédié avait voulu faire ou dire mais qu’il a mal fait. Aujourd’hui, ça retombe sur tout le monde au point que la Côte d’Ivoire est accusée d’ivoiritaire ou d’ivoirisme.

En clair, le Fpi n’a pas le complexe d’ivoirité ?

Le Fpi n’a pas et ne doit pas avoir le complexe de l’ivoirité. Mais le débat ne s’est pas encore instauré. Il y a trop de bruits qui étouffent les vrais problèmes. C’est pour ça qu’on a l’impression que toute la Côte d’Ivoire est tétanisée lorsqu’on parle d’ivoirité. Le groupe qui a le plus mal mis à l’aise la Côte d’Ivoire, ce sont les concepteurs de l’ivoirité eux-mêmes qui ne sont pas capables de dire voici ce que nous voulons dire. Niamkey Koffi et ses amis, dans leurs revues, ont glosé sur l’ivoirité sans être capables de dire ce qu’ils voulaient véritablement dire par ivoirité. Même si vous avez le couteau à la gorge, vous devez dire ce que vous pensez. C’est l’honnêteté intellectuelle et politique. Je ne sais pas si ces gens ont la conscience tranquille en faisant des prestidigitations avec ceux qu’ils considéraient hier comme non ivoiriens. Nous n’avons jamais considéré les gens comme non ivoiriens. Nous disons que celui qui veut militer dans un parti politique, doit montrer qu’il est Ivoirien. Ce que dit le président Laurent Gbagbo, c’est pour montrer les incohérences de Bédié. Si nous étions dans un pays relativement intellectualisé où l’opinion compte sur la base des observations faites par les électeurs, ni Bédié, ni Alassane n’auraient pu encore avoir ne serait-ce qu’une dizaine de militants. Ce que je sais, c’est que pour Bédié, Alassane n’est pas ivoirien. Un ancien chef de l’Etat qui le dit c’est difficilement attaquable. Il est de la même région que lui, c’est-à-dire Dimbokro. Ils se sont frayé des amitiés ou des inimitiés, je n’en sais rien. Mais Bédié a écrit à la page 147 de son livre « Les Chemins de ma vie » qu’il ne comprend pas pourquoi Ouattara s’invite dans nos affaires. Il est juste venu régler des problèmes conjoncturels avec Houphouët Boigny, il n’est pas ivoirien. Si aujourd’hui, tu reconnais qu’il est ivoirien, la population devait dire qu’il n’est pas sérieux.

Vous avez proposé, à l’époque l’ivoirisation du Nord. Beaucoup d’Ivoiriens ont eu du mal à vous suivre ?

Je répète ma phrase fétiche. La vérité se trouve dans la durée. Ce que j’ai dit le 18 avril 2001 se vérifie. Je voulais dire que la Côte d’Ivoire doit séparer le cordon ombilical entre nos frères ivoiriens du Nord d’avec les étrangers venant d’autres parties. Pourquoi ? Un Malien qu’il s’appelle Koné ou Bamba ou Kéita, il se dit d’abord Malien même s’il est avec un Koné ou un Kéita ivoirien. Nos parents ivoiriens, naturalisés ou pas qui sont du Nord doivent le comprendre. Et c’est ce que j’appelle ivoiriser nos parents du Nord. C’est en utilisant les patronymes qui remontent à l’empire manding que tout cela porte à confusion. Il faut faire comprendre à nos parents qu’en mettant entre parenthèse la nationalité au nom de la biologie, cela est un tort considérable qu’on fait à la nation ivoirienne. L’imam Koudouss m’a fait une confidence lorsque j’étais encore conseiller du Premier ministre Affi N’Guessan. Il m’a dit : « j’ai fait 4 ans d’imamat au Mali et on m’a toujours rejeté. L’ivoirité ici existe aussi là-bas également. Ils protègent leur nationalité. Ils ne la mélangent pas avec le sang ou la religion ».

Ce genre d’amalgames n’existe pas aux autres frontières comme le Ghana et le Liberia ?

Effectivement, au Ghana par exemple, c’est l’anglais qui sauve et qui permet de faire le distinguo.

Bandama Maurice a proposé que le pays revienne au droit du sol. Pensez-vous que cette proposition est juste ?

Je reconnais l’historicité de la loi et de la Constitution. Quand un principe est acquis et qu’on considère qu’il fait plus de tort que de bien, on peut revenir sur ce principe pour adopter un autre, c’est ça la souplesse. Et elle est liée à la dynamique de la société. Dans les principes, on peut changer mais il faut pouvoir en débattre d’abord.

D’aucuns disent que l’ivoirité du Fpi est pire que celle des créateurs du concept. Qu’en pensez-vous ?

C’est par ignorance ou par malhonnêteté que les gens le disent. Il y a 12 ans, nous avons écrit que notre vision est une vision du multiculturalisme. Pour nous la force du pays réside dans la gestion du multiculturalisme. Nous avons écrit noir sur blanc que l’étranger qui vient en Côte d’Ivoire, c’est bon à prendre. Mais il est malhonnête de le considérer comme étranger par écrit et de le considérer comme ivoirien en même temps pour les besoins de la cause. C’est cette géométrie variable, c’est ce caractère erratique du raisonnement qui est dangereux. Il ne faut pas faire d’amalgame. Nous avons dit à Marcoussis que le concept a été mal défini. Toutes les nations étant différenciées, ça ne veut pas dire que la guerre peut être motivée parce qu’il y a différenciation. En 2008 à Lisbonne Sarkozy a dit à Gbagbo : «Je sais que vous n’êtes pas le père de l’ivoirité ». C’est la vérité. Nous considérons que le façonnement d’une nation se fait avec l’extérieur mais dans les normes. Vous ne pouvez pas programmer une budgétisation pour le développement du pays, sans savoir qui y réside. La gestion de l’homme est la toute première du politique à mon sens. C’est donc par mauvaise foi qu’on dit que l’ivoirité du Fpi est pire. Parce qu’on nous a traités d’exclusionnistes, nous aussi, nous traitons les autres de la même façon. C’est tout, c’est un jeu d’enfants.

Que préconisez-vous aux Ivoiriens pour mettre fin au problème identitaire dans ce pays ?

Je suis en train de faire des recherches et à mon avis, je pense que nous subissons un passé qui est à l’origine de nos difficultés. Il faut maintenant tout tamiser pour voir comment cela est arrivé et que faire pour faire avancer le pays. Je mène présentement une étude sur le mariage interethnique en Côte d’Ivoire. Lorsqu’il y a des échanges, il n’y a plus de barrières. Et c’est ce qu’il faut encourager. Pour le moment, les reflexes tribaux ont tendance à prendre le pas. Mais il y a un recul aussi par rapport à ces reflexes parce que la guerre a permis de comprendre que la vraie menace vient de l’ethnicisme ou de pratiques régionalistes. Le conseil que je peux donner est de demander aux Ivoiriens de choisir entre un jardin avec un bouquet de fleur de plusieurs variétés ou un bouquet de fleur avec une seule variété. Ils auront tendance à aller vers le bouquet de fleur qui comporte plusieurs variétés. Il faut qu’ils conceptualisent la biodiversité. Car, c’est elle qui va être la force motrice de la démocratie, de l’économie et de la souveraineté de la Côte d’Ivoire.

par Traoré M Ahmed / L’|Expression

 

21:11 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (0)

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