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31/03/2010

L’idée de la Palabre africaine

coucher_de_soleil.jpgJ'ai écrit quelque part que la palabre africaine était dans la tête de tous les Africains, qu’elle était leur boussole contrariée par leur histoire chaotique. Ils en ont donc une perception à la fois vague, précise et claire. La difficulté est la béance d’une absence ! Ils ne se sont pas encore donnés les outils théoriques pour son éclosion comme le lieu indépassable, l’abreuvoir, leur ressourcement naturel. La nouvelle dureté des temps d’aujourd’hui oblige à poser au moins les premiers jalons définitionnels. Able, Lettê na Lettê et quelques Africains tentent de porter cette idée a priori magnifique! Ils disent qu’il y a quelque chose à creuser sous cet arbre dit de la Palabre africaine. Ils ne savent pas encore définir ce « quelque chose » d’important et de profond par la qualité des actes induits et des comportements suggérés. Leur claquement de lèvres est hésitant. Ils cherchent au milieu de nulle part une sorte de pierre obsidienne palabreuse qui leur permettrait de décrypter finalement les hiéroglyphes des Noirs qui ne sont pas forcément et totalement les écritures des Egyptiens anciens! Une recherche conceptuelle ne s'énonce pas avant d'avoir identifié complètement son « capital » et son « champ » qui ne sont pas un « habitus » comme dirait Bourdieu.

En lisant Ablé et les autres, on ne peut qu’être conforté qu'ils ne sont qu'aux premiers balbutiements de notre réveil, de l’idée que nous faisons du projet millénaire noir à fonder une sorte de métaphysique qui nous révèle à nous-mêmes.

Je dois dire que la palabre africaine n'est donc pas en l'état des investigations une science au sens ou ce mot s'entend en Occident, elle n'est pas une philosophie telle que enseignée dans les lycées et universités d'Amérique et d'Europe, elle n'est pas une sagesse sortie de quelques grimoires de kanégnon de nos cités tribales ou villageoises, elle n’est pas non plus une sociologie thérapeutique comme on dit psychologie de la cognition clinique, elle n’est pas une anthropologie dogmatique, etc…. Si l’Apo peut avoir initié collatéralement ses fondements diplomatiques dans l’ordre politique, la Palabre des lumières noires dont il est question s’évitera l’usage indifférencié de la notion bien commode aujourd’hui de république. Socrate d’abord et Hobbes ont interprété les actes et les comportements des municipes athéniens, romains et des « petits pays » d’Europe et du Royaume Uni. Leurs conclusions nous habitent aussi. Elles nous écartent même insidieusement de l’être de notre propre nature tribale et ou villageoise. On a honte ou peur d’être né dans l’arrière pays du Godié. Ma fille refuse d’être Godié et de Ménégnélilié ! C’est hallucinant ! Ma fille ne connaît que les noms des films western et des grandes déclamations du théâtre de Montaigne Voltaire et Shakespeare. De la beauté de la palabre, c’est l’antiquité, le contraire de la modernité des gadgets fugaces d’ailleurs. Donc, décrire avec resserrement l’étiologie de notre société c’est fonder la Palabre qui nous porte, c’est rompre les carcans d’une autre beauté qui n’est pas la nôtre et qui finalement nous déqualifie, nous discrimine et nous sépare!

L’anthropologie actuelle est un outil de recherche en vue de justifier la catégorisation des sociétés, des groupes sociaux et humains, et du vivant, etc...

En revanche j'ai le sentiment que la palabre africaine est tout cela en mêm e temps, elle donc un savoir total qui n'est pas une catégorie cartésienne. Notre culture occidentale nous limite à penser par la catégorisation ou le classement et le reclassement, la hiérarchisation et le dénombrement. La typologie idéale délimitée par tous les philosophes d'Occident nous éblouissent, elle nous somme à voir autrement, à penser surtout l'immense trésor de l'esprit humain et le dépôt social et sociétal portés par les diversités de teints et de timbres de notre propre nation, des peuples et des minorités nationales.

Il nous faudra donc expliciter cet écueil en répondant à la question mondialiste actuelle ! Cette question est. Comment les descendants de Lao Tseu peuvent-ils être socialement confucéens, politiquement marxistes et et surfer avec les lois immondes du capitalisme le plus agressif de notre époque? C'est à cette contradiction fondamentale que sont aussi confrontées nos sociétés tribales et villageoises. Notre leadership politique s’y complaît et les élites noires ont renoncé, depuis longtemps, au devoir de pensée ! Le vendredi on est à la mosquée, le samedi on est à la synagogue, le dimanche on rend grâce aux dieux de ceux et celles qui ont nié notre qualité humaine, profanés et détruits nos temples et nos grottes sacrées pendant que les nôtres recherchent les grottes de Lourdes et d’ailleurs en Europe comme lieux de pèlerinage. Et comme on peut, malgré tout ça, malgré toutes ces contorsions, on visite encore le bois sacré de nos traditions. Le travail est donc immense. Une contribution même géniale n'est qu'une contribution limitée!

La palabre africaine en ses propriétés monadiques premières est un lieu symbolique, un arbre à palabres dont nous tirerons toutes les représentations possibles connues. Nous observerons leur délitement présumé pour dire le principe intangible. Le débat est ouvert. L'Apo nous en donne quelque idée géniale mais insuffisante! Cette agora mythique est donc physiquement un lieu ou s'expriment ou s'exposent des palabres, des idées, des théories, des convictions, des philosophies, des sagesses, des coups de gueules ou des humeurs, etc... On parlera de sophisme, l'expression d'un enseignement complet et en particulier l'idéal éducateur de la société globale villageoise du masque! Ici on voit les similitudes avec l'Occident maçonnique du secret de la conscience collective appropriable  par chaque individualité groupale ou singulière.

Dans cette optique le secret politique que d’aucun déshabille comme un mal intolérable est au coeur de notre examen puisque toute notre culture refoulée ou occultée est aussi dominée par le secret de l'arbre à palabres,  la maturation est toujours solitaire ou en groupe restreint. On observera les lieux impénétrables à l’intérieur même de l’arbre à palabres. La difficulté qu'il faut donc contourner c'est la convocation complète et exhaustive de ce secret masque de nos traditions pour en sortir la substance spécifique qui rompt avec l'ordre prédateur mondialiste dominant.

Ce ne sera pas facile, j'en conviens. Si c'était facile, nous n’aurions pas eu besoin de théoriser le mépris que l'Occident a de nos procédures éducatives et politiques. Chinua Achébé, Ouologuen, Addiaffi et l'Ecole afrocentriste américaine nous le disent avec leurs propres modalités analytiques et prospectives qui ne sont certainement pas celles décrites naguère par Camara Laye dans Koumafolo et qui probablement ne seront pas celles auxquelles nous aboutirons dans notre processus d’identification théorique de la Palabre africaine. Il nous faut donc convoquer le secret maçonnique pour en comprendre la nuisance et lui opposer la singularité positive portée par le secret de la Palabre africaine. La question est. Peut-on être insolemment riche à Ménégnélilié, et jeter de la nourriture à la poubelle pendant que les enfants et les femmes en gésine meurent de faim? C'est ce fétichisme de la prospérité qui fait problème et dévoile la cruauté de l’ordre théologique et politique de l’Occident du Pentateuque. C’est contre ce fétichisme que nous devons d’abord construire la Palabre africaine. Il y a aujourd’hui dans nos sociétés villageoises des familles immensément riches, d'hommes et de femmes d’argent qui ont trois repas par jour et sont incapables d’inviter leurs voisins de lignage biologique à leur table.

La palabre africaine « profile » collatéralement cette société moderne crapule, égoïste et décadente ! Il nous faut aussi là tout mettre à plat et rechercher les invariants majeurs de notre culture, leur donner une nouvelle cohérence qui soit transposable partout sans à avoir à créer de nouvelles contradictions répréhensibles!

L'idée de la Palabre africaine est une idée féconde et puissante. Notre patience conceptuelle finira par donner un nouveau souffle aux conclusions mélanodermiques de l'Egyptologie des sarcophages et des pyramides. J'invite tous les Africains à doter notre continent d'instruments qui lui permettent de sortir des carcans du livre trois fois infaillible de Moïse mais qui a l'arrivée nous a nié toute qualité humaine. "Bien meuble" voilà ce que préconise le leadership politique du fameux Pentateuque!

Cette note concise est une invitation à participer à la construction de ce qui, en vrai, nous fait.

Le jour se lève toujours

Lettê na Lettê

 

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