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10/04/2010

Jalons du questionnement théorique pour une métaphysique de la Palabre africaine

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Tebi Joachim Ablé

Qu’est-ce que la Palabre africaine ?

3AS Telesud

13h00 France

Tél : 06 21 80 84 48



M. TEBI Joachim ABLE est le principal Théoricien de la Palabre africaine et leader de PARED (Palabre africaine et Recherche Démocratique). Tél : 06 21 80 84 48 - Palabre.africaine @yahoo.fr


Jalons du questionnement théorique pour une métaphysique de la Palabre africaine.

L'idée est de dire que la vérité est. Sans chercher à la distordre, sans la décomposer, sans la morceler, sans la segmenter. La vérité est. C'est l'énoncé primitif ou a priori de la Palabre africaine. Toutes les perceptions humaines du réel - même celles que nous présumons barbares et stupides - ont la même valeur véridique fondamentale. Le bourreau et la victime expriment la même vérité que le jugement culturel d’Occident a posée en auto-antagonisme du crime. Entre la maternité et le cimetière, la vie nous dévoile sa beauté et sa laideur. De l’espoir de la maternité à l’absolu silence du caveau, il y a autant de vérités qu’il y a d’expressions humaines.

Le verbe n’est pas toujours suffisant pour dire ce qui est, pour fonder la raison et l’immuable vérité qui n’est pas la déité de l’Occident caucasien. D'un côté le Bien, de l'autre côté le Mal. Ma signature – le jour se lève toujours - en est, sous ma propre plume, la traduction subliminale. Le manichéisme logique est certes consubstantiel à l’art de la communication mais ne saurait en être la fondation. Cette version lective simplificatrice de la vie – doute méthodique oblige - est à la source de tous les malheurs de l'Occident et de l'humanité piégée par la double raison pure pratique!

La palabre africaine reprend l'énoncé trivial de la vérité pour en rétablir la validité naturelle, pour en souligner les propriétés thérapeutiques structurantes de l’homme individu et de l’homme collectif, non pour juger ou condamner, mais pour que la vie soit ce qu'elle doit être et qu'elle n'est plus, ou qu’elle cesse d’être.

Le jour se lève toujours

Lette na Lette

 

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La palabre africaine face à la démocratie occidentale

Nous, Africains, appelons tous, de tous nos voeux, l’avènement de cette nouvelle prise de conscience qui fournira à notre continent son viatique pour la procession vers ‘‘le rendez-vous du donner et du recevoir’’ comme le dirait Senghor. Pour ce faire, il est donc temps que les Africains, que certains Africains dont l’on attend beaucoup, pourtant, cessent de renier les catégories de pensée issues de leur propre culture ; car, et selon eux, elles ne peuvent, au besoin, satisfaire qu’à l’ethnologie.

Toujours, selon eux, l’élaboration d’une réflexion philosophique ou d’une tradition politique, par exemple, est forcément incompatible avec les réalités africaines. Et, à l’heure actuelle, l’une des erreurs les plus flagrantes de certains, tient, au plan politique, au mépris de la pratique ancestrale de la ‘‘Palabre africaine’’. Toujours enclin à commenter brillamment Rousseau, Aristote, Machiavel, Lock ou Hobbes, ils disent de la Palabre de leurs pères qu’elle n’est que verbiage creux et gesticulation stérile. Ils se comportent ainsi, parce que, dans leur imaginaire, une théorie n’est crédible que lorsqu’elle est suggérée, uniquement, par Malinowsky, Gurvitch, Aron, Taylor ou Bourdieu.

Or, en Afrique, je pense que c’est sur les bases de la ‘‘Palabre africaine’’ que pourra se construire une véritable compréhension et une réelle assimilation de la démocratie. A ce propos, l’exemple qui me vient à l’esprit est le cas de la crise ivoirienne que le monde entier suit avec attention, actuellement. Et, en même temps que cet exemple, une question: pourquoi les accords de Marcoussis avaient-ils déclenché, dans le pays, une véritable révolte populaire, et pourquoi les accords de Ouagadougou, semblent avoir apaisé, un peu, les esprits, dans ce même pays ? Il me semble qu’il y ait la fibre africaine dans cette démarche, contrairement à la corruption intellectuelle que véhiculaient les accords de Marcoussis. Il me semble que la vieille sagesse africaine, «asseyons-nous et discutons», ait connu une interprétation heureuse lors des accords de Ouagadougou et toute la différence se situe à ce niveau. C’est pour cette raison que tous les Africains devraient se mobiliser autour de ces accords de Ouagadougou qui, s’ils aboutissent à un résultat probant, pourraient restituer à l’Afrique sa dignité politique.

En effet, la ‘‘Palabre’’, au sens le plus trivial que retiennent, malheureusement, les Occidentaux, indique effectivement ce bavardage insignifiant. Dans ce contexte, ‘‘faire des palabres’’, signifierait, ‘‘faire des histoires’’. Et sur la place du marché ou au café de la gare, ‘‘dire que Pierre ou Paul cherche palabres’’, revient à dire que ‘‘Zahui ou Bohui, cherche des histoires’’.

La deuxième acception de ce concept veut qu’il soit utilisé au singulier. Et, ici, le substantif et l’adjectif devront être intimement liés : Palabre africaine, dit-on, dans ce cas.

C’est à ce niveau que l’on en retrouve la vraie signification. Car elle dépasse la verbosité démesurée des soirées maudites. Et je pense que, dès lors, ce concept n’a rien en commun avec les vulgaires querelles des esprits mal réveillés d’un matin. Qui serait aussi insensé pour aller se disputer avec ses compatriotes, sous ‘‘l’Arbre à Palabre’’, au mépris de son travail ? La Palabre africaine fait l’objet des assemblées villageoises où se réunissent les sages et le conseil des anciens lorsqu’une situation critique est en présence. Dans ces conditions, elle remplit une fonction pluridimensionnelle.

La Palabre africaine, c’est la concertation sur plusieurs plans :

sur le plan humain en général, elle est revendication de la liberté.

Sur le plan philosophique, elle est identification de la vérité.

Sur le plan sociologique, elle est ouverture de tous-à-tous.

Sur le plan politique, elle est porteuse de démocratie.

C’est pour cette raison que je pense que les dirigeants africains, au lieu de se contenter d’une connaissance livresque de la démocratie grecque, devront d’abord acquérir l’exercice de la Palabre africaine, telle que je viens d’en suggérer les contours. Autrement, ils auront beau afficher de bonnes apparences, grâce à leurs

costumes italiens et leurs cravates anglaises, bien que bardés de diplômes comme ils le sont déjà, la démocratie sera toujours une  véritable épreuve pour eux ; en tout cas dans le contexte actuel.

Dans les assemblées villageoises, au Mali, au Burkina, au Sénégal, au Gabon, au Soudan, au Congo, etc,  le paysan a toute la liberté de dire : ‘‘je pense que’’, sans rien risquer. Mais au sein de certains parlements africains, au contraire, le député a tout à craindre de ses prises de position. Au dehors, le journaliste-démocrate risque sa liberté physique ou même sa vie, et l’opposant est constamment en danger de mort. Comment expliquez-vous, alors, que sur un même territoire, la pratique du fait politique, soit si fondamentalement contradictoire ; si ce n’est par le

mépris de la Palabre africaine qui offre les prémices de la démocratie moderne ? Si les souverains africains continuent de mépriser la Palabre africaine qui est pourtant issue de leur propre culture, comment arriveront-ils à ne pas massacrer la démocratie occidentale ? Mais, pour un dirigeant africain, refuser de s’asseoir sous ‘‘l’Arbre à Palabre’’, revient en réalité, à mépriser le peuple, comme cela se constate souvent.

En effet, le pouvoir ne s’exerce jamais debout. La meilleure position pour exercer le pouvoir, c’est la position-assise. Un chef qui est debout, est un chef qui quitte son fauteuil, un chef qui ne gouverne plus. Le chef doit donc apprendre à s’asseoir. Et en Afrique, c’est dans la position-assise que le pouvoir s’exerce parce que c’est la meilleure position pour écouter l’Autre. Haut lieu de la négociation et de la recherche du compromis politique, c’est sous ‘‘l’Arbre à Palabre’’ que s’apprend l’exercice du pouvoir et en y allant, le chef se ressource dans la parole, se met en permanence au contact des vertus du Dialogue et de la réflexion-concertée. N’a-t-on pas déjà vu des souverains africains chassés du pouvoir comme des malfrats, seulement parce qu’ils refusaient l’exercice da la Palabre de leurs pères ?

TEBI Joachim ABLE

Théoricien de la Palabre africaine

LNA octobre 2009 N° 13

 

 

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Antinomie Nécessaire et raisonnement logique : contre le syllogisme occidental [11/2009]

L’Antinomie Nécessaire est le raisonnement logique de l’Arbre à Palabre. L’Antinomie Nécessaire est la loi de la patience consciente dans les choix humains. Ainsi, dans les situations apparemment contradictoires, et avant de rendre son avis, lorsque le paysan africain affirme, par exemple, que X a raison, d’un côté, et que, de l’autre, il soutient que Y a également raison, certains esprits déformés par ce cartésianisme universitaire étriqué, y voient une absence déconcertante de rigueur logique. Comment X et Y peuvent-ils avoir raison, dans les mêmes conditions liées à une situation contradictoire ?

En fait, la démarche de l’Antinomie Nécessaire, se présente ainsi:

Monsieur Collard a raison          niveau 1 ou voie 1      affirmation

Monsieur Picard a raison           niveau 2 ou voie 2      infirmation

Ni Collard ni Picard n’a raison    niveau 3 ou voie 3      vérité

Tous ceux qui vilipendent l’Antinomie Nécessaire, la réfutent d’abord du fait qu’elle reste une théorie de la logique africaine, et ce seul fait suffit pour qu’ils la jugent impropre, sans autre forme de procès. Ensuite, ils souffriraie nt de se débarrasser de la logique traditionnelle qui a façonné leur enfance et qui leur a permis de grandir. Voyons donc de quoi il retourne.

Autrefois, la logique  traditionnelle des écoles, s’amusait avec nous, de la façon suivante :

Tous les Français connaissent Paris                              Majeure

Monsieur Collard est un Français                                   Mineure

Monsieur Collard connaît donc Paris                              Conclusion

En vérité, tous les Français ne connaissent pas Paris et cette information surprend toujours les peuples lointains que cette magnifique ville n’arrête pas de faire rêver. Mais plus sérieusement, disons que selon la logique traditionnelle, si Collard a raison (affirmation), cela infirme, de fait, la voie 2. Autrement dit, Collard et Picard ne peuvent avoir raison en même temps, l’essence de la contradiction étant l’exaltation des contraires. Or il est dit que Collard a raison (niveau 1), et que Picard  a raison (niveau 2), ce qui, normalement, aurait dû induire une aporie. Si l’affirmation et l’infirmation se neutralisent effectivement, il faut chercher une troisième voie qui se situe à un troisième niveau : la vérité.

Cette vérité ne découle immédiatement ni de la voie 1 ni de la voie 2. Car pour l’esprit humain, il n’existe pas de vérité immédiate ; ou du moins, l’esprit humain tend à son refus. C’est d’ailleurs pour ce qui explique, chez certains, la défiance réservée à la vérité religieuse, par exemple, en tant que vérité révélée. La vérité est une recherche dont les conclusions apparaissent  lentement comme nous l’apprenons avec la vérité scientifique.

Ce n’est cependant dans le seul domaine de l’art que la vérité ne veut point médiate. Ici, la vérité, c’est-à-dire, la qualité artistique de l’œuvre est immédiatement contenue dans sa représentation. La beauté ou la laideur artistique est vraie, en ce sens, qu’elle restitue parfaitement les traits de l’objet représenté (ce sera beau) ou qu’elle le caricature grossièrement (ce sera laid). Dans ce dernier cas, la vérité sera que la représentation est loin de l’objet censé être représenté. Ici, et on le voit bien, l’erreur, c’est la vérité qui nous révèle que le ‘‘signifiant’’, n’est pas conforme qu’ ‘‘signifié’’ comme le diraient le linguiste. Affirmer que la représentation du ‘‘Fifre’’, n’est pas belle, nous retrace immédiatement l’esthétisme originel du vrai ‘‘Fifre’’ d’Edouard Manet.

Voici ce à quoi se reconnaît ce mode de vérité appartenant au monde artistique : pour le sculpteur ou le peintre, la vérité tient à la caricature ou à la conformité qui sera tout de même emprunte de quelque subjectivité. Pour les sportifs, la vérité découle immédiatement du beau geste de la prestation qu’ils donnent, de la belle empoignade, de l’abnégation, l’intrépidité, la hargne, de la violence des combats, de l’âpreté des luttes. C’est justement pour cette raison que la trahison de l’esprit sportif, nous livre du même coup, la vérité sportive. Dire donc qu’une partie est belle, reste tout aussi vrai que dire qu’une partie n’est pas belle. Quant à la vérité de l’architecture, elle tient à la robustesse de l’ouvrage et surtout, à l’agréable sensation qu’elle procure à notre vue. Pour le musicien, la dissonance en tant qu’erreur, nous apporte, paradoxalement, la certitude de la vraie beauté musicale. La vérité artistique est donc la seule à se laisser découvrir immédiatement.

La vérité syllogistique qui n’est pas la vérité artistique, mais qui se veut immédiate au raisonnent qui la porte, n’exprime donc que sa propre suspicion. Le syllogisme ne tient nullement compte de la réalité de la situation qu’il entend décrire. Dans le syllogisme, c’est seulement après l’annonce de la conclusion qu’on  cherche à savoir si le raisonnement est valide et vrai ou non. S’il arrive à ce raisonnement d’énoncer un jugement valide, alors, on s’en réjouit comme à la fin d’un jeu de hasard. Dans le cas contraire, on peut reprocher au syllogisme d’avoir sciemment énoncé un jugement suspect. Cependant, on ne saurait tenir particulièrement grief à cette logique qui, par ce jeu, satisfait parfaitement à son caractère ludique. Cette logique suspecte ne s’adresse pas à l’homme mature, en tant qu’opérant dans la société ; mais uniquement à l’esprit qu’elle n’hésite pas à tromper par l’invalidité de certaines de ses conclusions. Mais du fait qu’elle se soucie de la formation de l’esprit des enfants, le syllogisme démontre une valeur acceptable. Etant donné que l’enfant dort toujours en nous, qu’il me soit permis de recourir à la forme de raisonnement syllogistique pour me livrer au petit jeu suivant :

Le syllogisme est une logique ludique

L’Antinomie Nécessaire est différente du syllogisme

L’Antinomie Nécessaire est la logique des hommes sages.

Dans l’Antinomie Nécessaire de la logique africaine de ‘‘l’Arbre à Palabre’’, la vérité se cherche parce que le sage sait qu’elle n’est jamais évidente. Si la vérité est la parfaite adéquation entre l’idée et le fait, cette adéquation qui loin d’être une évidence, se veut donc une correspondance que l’homme doit établir. En effet, il n’appartient point à la vérité de s’établir elle-même. La vérité n’aucune existence réelle, en dehors de la volonté humaine qui va à sa conquête. Cela nécessite donc un effort, non pas de la part du fait décrit qui est toujours égal à lui-même, mais de la part de l’homme qui doit échapper à la pesanteur des préjugés...

S’il est certain qu’elle tourne comme une roue, selon l’adage populaire, il s’avère donc utile de voir la vie comme complémentarité. Car les situations de la vie ne font que changer de nom : la paix chasse la guerre et la guerre appelle la paix. L’amour est une haine maîtrisée et la haine est un amour désespéré. Partant de ces vérités, il n’est pas hasardeux d’affirmer que personne n’a jamais raison entièrement ; personne n’a jamais tort absolument. C’est bien ce que le sage a compris qui a instauré la notion de ‘‘circonstances atténuantes’’ dans certaines situations de crise. L’Antinomie Nécessaire se fonde alors sur le principe qu’il ne saurait y avoir de qualité négligeable  dans les choses de la vie. Dotée de cette conscience vigilante selon laquelle rien ne peut être définitivement acquis, elle adopte une conduite prudente, dans sa méthode d’approche des faits et dans ses opérations de jugement.

La différence fondamentale entre l’Antinomie Nécessaire et la logique des écoles, tient donc au fait que la première n’est pas seulement une démarche de l’esprit. Elle se veut donc résolument différente de cette logique à caractère ludique, juste agréable pour le seul divertissement intellectuel. Contrairement à cette ‘‘logique à hypothèses’’ des écoles et propre aux digressions des sophistes, l’Antinomie Nécessaire se déploie utilement sur l’être de la société, elle-même, et raisonne la prétention humaine. Pour ma part, je compris l’ingéniosité de la loi de la patience consciente lorsqu’un jour, à Bamako, parlant de politique avec le doyen Mamadou Keïta, de la région malienne de Gao, il me dit ceci : la meilleure  façon, pour un opposant, de prendre le pouvoir au gouvernant, c’est de demander à gouverner avec lui... La meilleure manière, pour un gouvernant, d’éloigner son opposant du pouvoir, c’est de l’inviter à gouverner avec lui (...)

Par ailleurs, la théorie de l’Antinomie Nécessaire ressemble à celle de la tortue : un jour, Madame Kolié, décida d’aller en voyage, chez l’homme le plus rapide au monde. Celui-là marchait vite, courait vite, faisait tout avec empressement, et avait signifié à la tortue de presser le pas ; elle ne le trouverait pas en place, sinon. Tenant alors compte de cette consigne, Madame Kolié marchait, à la fois  vite, sans se presser, et lentement, sans tarder. A mi-parcours, précisément,  la foudre largua son chargement de feu, juste, sur les traces de ses toutes dernières empruntes. ‘‘Grand Dieu du ciel ! Dit-elle ;  qu’il est utile de marcher vite.’’ A peine eût-elle prononcé ces paroles que, juste devant elle, la foudre déchargea, à nouveau, son feu . ‘‘Grand Dieu du ciel !  Qu’il est inutile de marcher vite,’’ dit-elle. Le sage Diana Bobolo qui assista à cette scène, la rapporta aux humains qui, à partir de là, adoptèrent cette règle que notre tradition orale a désignée par le principe du  ‘‘ceci est beau ; cela n’est pas laid’’ ; ce qui veut dire qu’au départ de toute chose, rien n’est jamais vrai, rien n’est jamais faux. Cela signifie, également, que prises en elles-mêmes, les choses ne sont ni agréables ni désagréables. Et seule s’avère déterminante, l’action humaine sur les faits (...)

L’Antinomie Nécessaire a donc raison de se muer en concept mobilisateur pour concilier les horizons les plus divers ; de tenter de réconcilier ce qui est épars et de construire l’unité de la vie, sans prendre position pour les acteurs et les sujets libres qui décideront de marcher vite, sans se presser ou d’avancer lentement, sans perdre le temps...

la région malienne de Gao, il me dit ceci : la meilleure  façon, pour un opposant, de prendre le pouvoir au gouvernant, c’est de demander à gouverner avec lui... La meilleure manière, pour un gouvernant, d’éloigner son opposant du pouvoir, c’est de l’inviter à gouverner avec lui (...)

Par ailleurs, la théorie de l’Antinomie Nécessaire ressemble à celle de la tortue : un jour, Madame Kolié, décida d’aller en voyage, chez l’homme le plus rapide au monde. Celui-là marchait vite, courait vite, faisait tout avec empressement, et avait signifié à la tortue de presser le pas ; elle ne le trouverait pas en place, sinon. Tenant alors compte de cette consigne, Madame Kolié marchait, à la fois  vite, sans se presser, et lentement, sans tarder. A mi-parcours, précisément,  la foudre largua son chargement de feu, juste, sur les traces de ses toutes dernières empruntes. ‘‘Grand Dieu du ciel ! Dit-elle ;  qu’il est utile de marcher vite.’’ A peine eût-elle prononcé ces paroles que, juste devant elle, la foudre déchargea, à nouveau, son feu. ‘‘Grand Dieu du ciel !  Qu’il est inutile de marcher vite,’’ dit-elle. Le sage Diana Bobolo qui assista à cette scène, la rapporta aux humains qui, à partir de là, adoptèrent cette règle que notre tradition orale a désignée par le principe du  ‘‘ceci est beau ; cela n’est pas laid’’ ; ce qui veut dire qu’au départ de toute chose, rien n’est jamais vrai, rien n’est jamais faux. Cela signifie, également, que prises en elles-mêmes, les choses ne sont ni agréables ni désagréables. Et seule s’avère déterminante, l’action humaine sur les faits (...)

L’Antinomie Nécessaire a donc raison de se muer en concept mobilisateur pour concilier les horizons les plus divers ; de tenter de réconcilier ce qui est épars et de construire l’unité de la vie, sans prendre position pour les acteurs et les sujets libres qui décideront de marcher vite, sans se presser ou d’avancer lentement, sans perdre le temps... Voici le sens fondamental de la Palabre Africaine.

« Petit cours de philosophie politique

Préface de François Dagognet »

philosophe et épistémologue

 

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