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16/07/2010

Massacres génocidaires des Guébié en 1970

IMG_0233.jpgLa famille de Jean Christophe Kragbé Gnagbé veut savoir. Patrice Gnadja, neveu de Kragbé Gnagbé motive, au nom de la famille et  pour le grand public, la nouvelle démarche : les deux principaux témoins et exécutants des massacres génocidaires des Guébié en 1970, Léon Konan Koffi (Préfet de Gagnoa à l’époque) et Ouassénan Koné Gaston (chef militaire) devraient dire si Kragbé Gnagbé, le leader du Pana est mort ou disparu. Dans tous les cas de figure, il fallait rappeler à la Mémoire commune cette page effroyable de la Côte d’Ivoire, le pays d’Houphouët-Boigny où le « dialogue n’est pas un vain mot mais un comportement ».

Le jour se lève toujours

Lettê na Lettê

 

 

Entretien

 

Que nous vaut l’honneur de cette visite ?

Nous avons décidé d’intervenir dans la presse. Afin que nos préoccupations soient prises en compte.

Quelles sont ces préoccupations ?

Nous voulons que la lumière soit faite sur l’affaire Jean Christophe Kragbé Gnagbé. Il a été arrêté par le pouvoir feu Félix Houphouët Boigny à la suite des événements de 1970. Jusqu’à ce jour, nous n’avons aucune nouvelle. Nous ne savons pas où il se trouve. Nous ne savons pas s’il est mort ou pas. Nous pensons que quarante ans après, il y a lieu aujourd’hui qu’on sache où il se trouve. Ceux qui l’ont arrêté sont connus.

Qui sont-ils ?

Léon Konan Koffi, était en ce moment le préfet du département de Gagnoa. Lorsque les événements ont éclaté, les militaires, qui étaient sur le terrain, avaient pour chef Gaston Ouassénan Koné. Ce sont les deux personnalités qui l’ont arrêté. Avant de le conduire dans un endroit inconnu jusqu’à ce jour.

Les personnes citées réfutent toute implication ?

Ils ne peuvent pas le dire. Parce que les photos le témoignent. Lorsque Jean Christophe Kragbé Gnagbé a été arrêté dans une de nos forêts, c’est effectivement le général Ouassénan Koné qui dirigeait les opérations. Les deux personnalités ont encadré notre frère sur la photo. Nous pensons que ces derniers ne peuvent pas le nier.

N’êtes-vous pas en train de remuer le couteau dans la plaie pour une histoire passée ?

Nous ne sommes pas en train de remuer le couteau dans la plaie. La Côte d’Ivoire a son histoire. Notre village aussi a son histoire. Il est question, aujourd’hui, qu’on sache ce qui s’est passé. Et ce qu’est devenu l’homme. Il a été arrêté devant ses parents. Il a été présenté à toute la population pendant cette période. Quand il a été arrêté, on l’a fait promener dans tous les villages.

Pourquoi c’est maintenant que vous voulez que la lumière soit faite sur cette affaire ?

Ce n’est pas maintenant. Nous avons toujours demandé à savoir la vérité sur cette histoire. Chaque chose a son temps. Certaines portes nous étaient fermées. Nous avons toujours exigé la vérité dans cette affaire. Il y a eu des victimes. En tant que membre de la famille de Kragbé Gnagbé, nous disons qu’il est temps que l’Etat de Côte d’Ivoire nous dise la vérité sur ce qu’est devenu l’homme.

Avez-vous saisi la justice ?

Nous l’avons fait. Nous allons dans les jours qui viennent porter plainte contre Ouassénan Koné et Léon Konan Koffi. Nous avons commencé les démarches. Nous pensions que ce problème devait être réglé à l’africaine. Il était question que ceux qui ont posé les actes puissent reconnaître les erreurs en son temps. Nous constatons de plus en plus finalement que cette affaire est devenue un fonds de commerce pour certaines personnes. Nous pensons que Ouassénan Koné et Léon Koffi ne peuvent pas échapper. Nous pensons que le moment est venu pour que nous prenions notre responsabilité. La Côte d’Ivoire a cinquante ans. Des gens ont voulu lever la voix en 1967 conformément à l’article 7 de la Constitution ivoirienne. On les a traités de tribalistes. Nous sommes allés jusqu’au bout de nos actions pour que justice soit rendue. On ne peut arriver dans un village pour enchaîner des villageois, les battre et tirer sur eux. Ce fait ne peut pas rester impuni.

Que sont devenus les enfants de Kragbé Gnagbé?

Il a vécu avec une femme blanche. Il a eu deux enfants qui vivent en France. Christine et Olivier. Ils sont déjà venus en Côte d’Ivoire. Ils ont rencontré les parents. Au moment où les événements se passaient, ils étaient des gamins.

Pourquoi ces derniers ne se plaignent pas et c’est vous qui le faites à leur place?

Ils sont plus déterminés que nous. Ils en parlent. Ceux-ci veulent savoir ce qui s’est réellement passé. Nous sommes en contact avec eux. Nous sommes en train de régler les derniers détails pour que la justice soit saisie le plutôt.

Qu’allez-vous faire si vous n’obtenez pas gain de cause?

Il y a plusieurs étapes. Dans tous les cas, nous n’allons pas lâcher prise. Nous pensons que la justice va jouer son rôle en toute impartialité. Nous allons nous donner les moyens nécessaires pour atteindre nos objectifs.

Quels sont ces moyens ?

Nous n’allons pas dévoiler toute la batterie. Nous avons la possibilité d’aller jusqu’au bout. Afin d’avoir satisfaction. Nous n’allons pas baisser les bras. Ouassénan Koné et Léon Konan Koffi n’auront pas de répit. Ils doivent répondre de leurs actes devant la justice. Personne n’est au dessus ou en dessous de la loi. Elle est la même pour tout le monde. Nous ne pouvons pas accepter que nos parents aient été abattus froidement. Tout le monde doit savoir la vérité.

Pensez-vous que le moment soit propice pour soulever ce problème puisque la Côte d’Ivoire traverse une situation difficile ?

Nous sommes conscients que la Côte d’Ivoire traverse une période difficile. Mais cela ne doit pas empêcher que la vérité éclate sur cette question. Nous pensons qu’il faut que la lumière soit faite peu importe le moment. Nous n’avons aucunement l’intention de créer une crise dans la crise. Nous disons qu’il est temps qu’on sache réellement ce qui s’est passé. Nous avons subi une humiliation. Nous souffrons dans notre peau.

Quarante ans après, ne croyez-vous pas toujours qu’il soit mort ?

Tant que nous n’avons pas vu son corps, nous ne pouvons pas croire qu’il est mort. Il est question que nous sachions où Ouassénan Koné et Léon Konan Koffi ont envoyé notre frère. Même s’il est décédé qu’on nous remette le reste. Afin que nous puissions l’enterrer. Et organiser des funérailles dignes de son rang. Cette affaire ne peut pas rester dans le placard.

Avez-vous entrepris des démarches auprès des autorités d’alors pour en savoir plus ?

Mme Kragbé que nous avons rencontrée en France en 1992, nous a fait savoir qu’elle a adressé plusieurs courriers aux différents présidents qui se sont succédé à la tête de ce pays. Il s’agit de Félix Houphouët Boigny, Henri Konan Bédié et Robert Guéi.

Quelle a été leur réponse ?

Elle n’a eu aucune suite. Nous avons décidé de passer à une autre étape. Celle de porter plainte contre Ouassénan Koné et Léon Konan Koffi. Aujourd’hui ses enfants et nous les autres membres de la famille sommes déterminés. Nous ne voulons plus reculer.

Avez-vous rencontré ces deux personnalités ?

Nous avons rencontré Ouassénan Koné à des cérémonies. Mais nous n’avons jamais abordé la question avec lui. Les cadres n’étant pas approprié. Il faut que la justice fasse son travail. Ces deux personnalités doivent être entendues. C’est trop facile. Des gens ont tué sans être inquiétés.ils circulent librement. Nous ne pouvons pas accepter cela. Le problème est tellement grave que nous pensions que justice doit être rendue pour le bien de nos parents. Nous allons tout faire pour que ces deux personnalités soient interpellées par la justice.

yacou06336510@yahoo.fr

Le Temps Hebdo