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19/01/2014

Gbagbo, la pierre d'angle

image.jpgMarcel Gossio, ex-directeur général du port autonome d’Abidjan est rentré en Côte d'Ivoire depuis vendredi 17 janvier 2014. "A peine a-t-il déposé sa valise chez un ami qui a bien voulu l’accueillir" qu’il esquisse dans Notre Voie de son prochain testament littéraire: retour d'exil. Il limite le désastre des commentaires maladroits .....

Lettê naa Lettê
Le jour se lève toujours


Notre Voie : M. Gossio , quels sont les sentiments qui vous animent juste quelques heures après votre retour d’exil?


Marcel Gossio : Je dois dire que je suis très heureux de retrouver mon pays, mes amis ; mes parents et mes camarades militants du Front populaire ivoirien (Fpi). Vous savez, l’exil est très difficile. Je ne peux le conseiller à personne. Quand du jour au lendemain on part sans même avoir préparé le voyage et qu’on se retrouve dans un autre pays, on est complètement perdu. Il faut tout recommencer à zéro, et ce n’est pas facile. Mais le peuple marocain est un peuple sympathique, accueillant, hospitalier. J’en profite pour remercier les autorités marocaines pour leur hospitalité, leur gentillesse et surtout pour l’accueil qu’elles ont réservé à ma petite famille et à moi. Mais vous êtes d’accord avec moi qu’on n’est heureux que chez soi.


N.V : Les autorités ivoiriennes ont-elles été pour quelque chose dans votre retour ?


M.G : Oui, parce que le président de la république a lancé un appel aux exilés en leur garantissant un retour sécurisé. Lorsqu’il avait rencontré les Wê, il avait lancé le même appel à mon endroit à titre personnel. Il y a eu des personnalités politiques qui ont été libérées par vagues successives, un cadre de discussion a été mis en place avec l’opposition et particulièrement avec mon parti, le Fpi. Récemment, le premier ministre Affi N’Guessan, président du parti a rencontré le parti au pouvoir, le Rdr. Il y a quelques jours, il a rencontré le premier ministre Ahoussou Jeannot qui est le porte-parole du gouvernement dans ce genre de négociations. Le ministre Michel Amani N’Guessan a rencontré le ministre d’Etat Hamed Bakayoko pour parler du retour sécurisé des exilés. Tout cela pour que la situation se décrispe. J’ai estimé que ces actions traduisent leur volonté d’aller à l’apaisement et à la réconciliation. Et qu’il était donc nécessaire que je rentre pour prendre part au processus de réconciliation.


N.V : Certains qui vous ont précédé sur le chemin du retour d’exil ont déclaré qu’ils se retiraient de la politique. Est-ce votre cas ?


M.G : Non ! Non ! Je suis militant du Fpi, je le reste. Mais mon parti a pris position pour la réconciliation et je vais l’aider dans ce sens. Parce que la réconciliation est nécessaire, elle va nous ramener la paix pour qu’on se retrouve comme par le passé. Pour que le pays ne se déchire pas, qu’on se pardonne mutuellement et qu’on soit tolérant. Le Fpi est engagé dans cette voie et nous les cadres du Fpi devons soutenir la direction du parti dans ce sens.


N.V : Ne craignez-vous pas d’avoir d’autres démêlés après votre retour d’exil ?


M.G : Moi, je fais confiance au président de la république qui a dit qu’il lance un appel aux exilés pour qu’ils rentrent de façon sécurisée. Donc je suis rentré dans mon pays pour participer à la réconciliation qui est aujourd’hui la voie nécessaire pour aller à la paix. Peut-être que mon retour va être un élément déclencheur pour que d’autres reviennent.


N.V : Certains exilés s’en sont pris à la délégation du Fpi qui était allée rencontrer les autorités au sujet du retour des exilés. Comment avez-vous vécu tout cela ?


M.G : Je ne pense pas qu’ils aient tiré à boulets rouges sur le parti. Peut-être qu’ils demandent plus de garanties. Vous savez, le départ en exil est un acte individuel, le retour l’est aussi. Quand vous partez, c’est parce qu’il y a des raisons qui vous poussent à partir. Si à un certain moment vous analysez qu’il y a des raisons de revenir, vous revenez. Mais comme ils sont organisés, ils demandent sûrement que le parti soit plus exigeant au niveau des garanties.


N.V : La ministre Anne-Désirée Ouloto était à votre accueil à l’aéroport. Quel sens donnez-vous à cet acte ?


M.G : Un sens fraternel. Elle a dit aux journalistes qu’elle était là en tant que famille, sœur. Je suis militant du Fpi, je le reste. Elle est militante du Rdr, mais cela n’enlève rien à nos liens de fraternité. Elle n’était d’ailleurs pas seule puisqu’il y avait Mme Madeleine Oulaï, député Pdci. Ça m’a fait chaud au cœur.


N.V : Depuis l’exil comment avez-vous vu la marche de votre parti ?


M.G : On a eu des difficultés au départ après le 11 avril 2011. Le parti a pris vraiment un coup. Beaucoup sont partis, le président du parti était en prison, ceux qu’on appelle les pro-Gbagbo étaient poursuivis etc. Après, on a commencé à libérer quelques-uns dont le président du parti lui-même que j’ai souvent au téléphone d’ailleurs. Le président Affi a commencé à parcourir le pays pour mobiliser les militants et leur apporter soutien et compassion. Cela porte des fruits aujourd’hui. Les militants sortent de plus en plus et c’est une bonne chose. Nous aussi, nous devons être auprès du président du parti pour l’aider à rassurer les militants.


N.V : Que pensez-vous de la situation du président Gbagbo qui est à la Cpi dans une procédure interminable ?


M.G : Moi, je dis que Laurent Gbagbo est un élément central de la réconciliation nationale. Et c’est le politique qui peut le faire sortir de prison. Je souhaite qu’il sorte de prison pour que la réconciliation soit totale et sincère en Côte d’Ivoire. Donc on a tous intérêt à ce qu’il sorte de la prison. Je sais que s’il sort de prison, il va pardonner. Et on aura tous le cœur blanc pour aller à la réconciliation.


N.V : Cela n’est pas forcément la vision du gouvernement…


M.G : Oui, mais chacun a sa vision. Le gouvernement a la sienne et moi la mienne. Moi, je souhaite que le président Laurent Gbagbo sorte de prison.


N.V : Mais on dit qu’il est responsable de 3000 morts…


M.G : C’est le procureur qui le dit, mais il faut qu’il donne les preuves. Vous avez vu vous-même que lors de l’audience de confirmation des charges, les juges ont dit que le dossier ne pesait pas lourd. Cela veut dire qu’il y a quelque chose qui cloche ; qu’il y a des choses qui ont été dites qui ne peuvent pas être prouvées. C’est trop facile d’accuser les gens sans preuve.


N.V : Pensez-vous que le gouvernement ivoirien peut jouer un rôle pour la libération de Laurent Gbagbo ?


M.G : Je pense que le politique peut jouer un rôle pour la libération de Laurent Gbagbo.


N.V : Comment voyez-vous l’avenir maintenant que vous êtes de retour ?


M.G : Je vous ai dit tout à l’heure que le retour est un acte individuel et personnel. Peut-être que d’autres suivront mon exemple. Et moi j’ai foi. Je suis optimiste de nature. Je souhaite de tout mon cœur que le président Gbagbo, Simone Gbagbo et tous les prisonniers politiques soient libérés. Ce sera bon pour toute la Côte d’Ivoire.


Interview réalisée par Augustin Kouyo

Sources: Notre Voie

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