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14/08/2010

Le Manifeste – 4. Gbagbo et la critique politique

 

BAD_abj270510 (53).JPG.jpegJ'étais donc à Marseille à l'investiture de la direction locale de campagne du candidat du peuple. J'ai écouté la force de conviction des différents intervenants. J’ai entendu ici et là les commentaires anonymes, les vérités complexes mais en même temps simples.

Alain Kapo a proposé une lecture sociale du projet politique et du programme de gouvernement de l'espoir que portait déjà en 2000, voire 1983 le Woudi de Mama!!! Il a fait le récapitulatif des points saillants.

Jérémie Ziri, un intellectuel ivoirien féru de mathématiques appliquées a décliné les bourgeons sociaux et vitaux de l’espoir visionnaire. La société ivoirienne est en pleine mutation erratique accélérée.

Ces deux lectures publiques arrimées à la politique sociale et économique en période de guerre civile m'ont, d'une certaine façon, convaincu à faire le point sur les thèses développementalistes en vogue.

Tout le monde s'accorde qu'il va y avoir un débat contradictoire féroce sur les projets, sur les programmes, sur les politiques de libération des uns et des autres.

Ici, j’esquisse ma lecture spécifique, une sorte de Manifeste partisan que je propose à mes concitoyens ivoiriens et africains.

Avant toute lecture de ce que je crois être les fondations élémentaires de la pensée du leader ivoirien, j’invite à lire et à relire deux livres publiés par le « prince » ivoirien.

Dans le premier livre. Il a écrit ce qu’il pense de la politique ivoirienne. Les élites des « cercles concentriques » autour du Président Félix Houphouët-Boigny avaient usurpé le pouvoir d’Etat par le complot fictif dès 1958 et organisé la terreur de l’Akanité selon le mot de Bernard Doza et de tant d’autres. Un jeune leader politique ivoirien Kragbé Gnagbé appellera les Ivoiriens à mourir debout plutôt qu’à subir cette sorte de tribalisme d’Etat. Le régime de Félix Houphouët-Boigny avait créé officiellement une milice politique. L’enfant monstre de Kimoukro l’exhibait même ! C’est contre ce déni de droits et libertés que le Pana a appelé les « tribus » ivoiriennes à s’élever. L’appel a été distribué partout en Côte d’Ivoire. De Colombey-les-deux-Eglises, Félix Houphouët-Boigny ordonnera la terre brulée dans le Guébié, le Gban et le Dida

Le woudi de Mama décrit l’absolue barbarie du Guébié : « la boucherie a duré environ deux semaines ». On apprend, au-delà de l’indignation de circonstance, que l’actuel Kanégnon et ses amis avaient tacitement soutenu les auteurs de la boucherie : « Tout a commencé en 1967 lorsque Gnagbé a rendu publique à Abidjan, l’existence de son « parti nationaliste », le Pana. On est libre de penser ce qu’on veut du Pana et du contenu des tracts de Gnagbé. Mes camarades et moi avons eu à l’époque d’ailleurs des propos peu amènes sur le contenu ». Donc les hauts dirigeants de l’époque savaient bien que la gauche marxiste et nationaliste était divisée, elle n’avaient pas les troupes ad hoc pour les luttes idéologiques, pour la guérilla, la jeunesse souvent rebelle préférait encore lire Feuerbach et les doctrinaires du bolchevisme !!!

Le woudi de Mama a décrit la brutalité politique du régime de Félix Houphouët-Boigny dans le Sanwi. Il s’est élevé contre le micronationalisme sécessionniste ! On apprend ici aussi comme dans le cas du Guébié que le Kanégnon ivoirien avait soutenu ouvertement Félix Houphouët-Boigny et désavoué les leaders monarchistes de l’époque. Le woudi de Mama esquissera ce qui demeure pour lui le socle d’une nation et d’un Etat moderne, cohérent et fort : « Il me faut tout de suite proclamer un point de vue qui m’est très cher. Dans nos jeunes Etats multi-ethniques en construction, toute tentative de sécession constitue un danger de régression. J’ai ressenti comme une honte pour l’Afrique la tentative de dislocation de l’ancien Congo-Léopoldville (sécession du Katanga et du Kasaï) ; j’ai ressenti comme une honte encore plus grande (parce que le gouvernement de mon pays soutenait les sécessionnistes) la folle aventure du Biafra. J’ai ressenti avec amertume et tristesse les tentatives sécessionnistes des monarchistes Sanwi et je condamne sans rémission de telles pratiques ». On voit encore, comme dans le cas du Guébié, que les monarchistes ivoiriens étaient politiquement seuls. Les jeunes révolutionnaires, lecteurs de Trotski et de Mao Tsé-toung, avaient fait le choix, par la voix de leur leader, de l’héritage colonial. Laurent Gbagbo et ses camarades avaient encore refusé de donner du sens à la longue lutte, pour la liberté et la dignité chez eux, des Agni du Sanwi.

On connaît un peu mieux ce qui s’est passé dans le Guébié et dans les terroirs rebelles de la « royauté de Krinjabo ». Hacandi et Koffi, deux Baoulé ont été les maîtres d’orchestre de ces massacres génocidaires.

Les deux postures littéraires du Kanégnon ivoirien souffrent de graves lacunes théoriques. Ça c’est certain ! Elles ont cependant le mérite de leur clarté idéologique et politique. Le Kanégnon ivoirien a, très tôt, pris conscience de ce que la Côte d’Ivoire et l’Afrique noire avaient un problème que le leadership de l’époque n’arrivait pas à délimiter. On disait avec René Dumont que l’Afrique noire était mal partie. Axelle Kabou avait tenté l’explication générale et globale définitive : l’Afrique noire refuse la « modernité ». Le Kanégnon ivoirien veut désormais faire l’état des lieux. Et son diagnostic semble aller dans le bon sens même s’il y a quelques cactus linguistiques à traiter !!!!

Le deuxième livre. L’enfant lumière de Mama donne un cours magistral d’économie politique; il récuse dans ce texte le gauchisme. Il est partisan du pragmatisme défini par Lénine dans « Que faire ? » lorsque l’idéologue bolchevik et homme d’Etat russe fait le constat de ce que le capitalisme a tout écrit, il ne reste plus qu’à le gérer. Lénine et héritiers semblent avoir tout faux !!! Le woudi de Mama cherche comme ses amis socialistes français la troisième formule qui fait tampon entre le néo-conservatisme libéral et le bolchevisme. Les mots, les concepts et les théories notionnelles se chevauchent ! On s’arrête à la co-valorisation, pour l’intérêt général, au dirigisme de l’Etat planificateur et au libéralisme économique le plus trivial, à la réconciliation de l’Etat et de ce que l’on appellerait les opérateurs économiques. Ses amis politiques parlent de « socialisme démocratique » pour se distinguer du « socialisme scientifique ». Ils parlent aussi de « socialisme de marché » pour intégrer, à gauche, les cercles de Mamadou Koulibaly.

La crise ivoirienne a été l'occasion, pour tous, de prendre conscience de la nuisance des forces maladives d'Occident mais aussi de l’élasticité morale de nombreuses élites nègres du continent!

Café cacao

Cei faussaire

Corruption des élites dirigeantes (Ena)

Telle est, pour la Côte d’Ivoire, le tableau illustratif du grand malheur ivoirien et africain !!!!

La « Guerre idéologique » de Mamadou Coulibaly traduit assez bien les postures des élites noires, leur incapacité à promouvoir autre chose que la répétition des concepts et notions galvaudées ou qui tombent sous le sens. La question qui a été posée à l’Ivoirien agrégé d’économie à vingt sept ans a été de savoir la nature de son idéologie. Il n’a fait que répété qu’il prônait l’intégrité morale dans l’exercice de fonction éminente. On voit bien que le moralisme ne peut tenir lieu d’idéologie politique. C’est ça la stérilité intellectuelle ! Et pendant que les élites noires et ivoiriennes « amphigourisent », sont friandes de mots pompeux et ronflants, les prédateurs des Noirs et de la Côte d’Ivoire élaborent de nouvelles théories de la catastrophe. Et sans prendre le temps de faire le ménage dans ces théories funestes pour notre nation, on les clame et proclame comme le chemin de la terre promise. L’intégrité des mots a-t-elle libéré la Guinée de Sékou Touré ? La réponse est une tragédie collective. C’est ça la stupidité en politique ! Le dauphin constitutionnel du woudi de Mama vient de mettre fin à tous les soupçons. Il a revendiqué la pensée libérale, lors du colloque Audace, comme théorie générale pour le futur de la Côte d’Ivoire. Pour lui le développement de la Côte d’Ivoire passe par le libéralisme économique.

Le Kanégnon ivoirien et ses amis politiques ont critiqué radicalement l’ancien régime jusqu’à son effondrement. Les « trois boucliers » du régime de l’époque se sont affrontés jusqu’au coup de force de décembre 1999. Le Kanégnon ivoiriens avaient-ils fait les bons choix idéologiques et politiques pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique ? Pourquoi sommes-nous arrivés à la violence politique totale et la partition de fait du pays ? L’autre question à laquelle il faudra répondre est : Comment le bouclier de l’ancien régime a-t-il pu déchirer son serment de serviteur loyal de l’Etat républicain ivoirien ? Pourquoi la Côte d’Ivoire est-elle dans une sorte de crise majeure sans effets massifs ?

 

Le jour se lève toujours

Lettê na Lettê



Côte d’Ivoire Pour une alternative démocratique et Côte d’Ivoire Histoire d’un retour.

Le Premier ministre du gouvernement, le Président-dauphin constitutionnel de l’Assemblée nationale et le Chef d’Etat-major de l’armée.

 

08:30 Publié dans Mémoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hacandi