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08/09/2010

Le Manifeste – 8. Gbagbo : Réfléchir et Bâtir sur du Vrai

BAD_abj270510 (53).JPG.jpegDéfinir du sens cohérent c'est indiquer les conditions historiques d'un idéal, c'est se projeter dans le futur avec assurance et sérénité, c'est se donner les moyens théoriques de l'action efficace. Le discours du Kanégnon ivoirien pose ces bases-là pour son pays et son peuple.

A partir de ce matériau fécond, le leadership et les élites ivoiriennes ont désormais une boussole qui leur permet une visibilité et une lisibilité politique de leurs actes et comportements au quotidien.

Les bases solides d’une science de la prospective spécifique à la Côte d’Ivoire et à l’Afrique sont posées sur les berges de la lagune Ebrié et du lac du Kossou !!!

D'aucuns pourraient écrire que le Président Laurent Gbagbo a décomplexé la Côte d'Ivoire, l'Afrique noire et les élites de son pays et du continent des Noirs. Il est donc un bâtisseur éclairé de l'Etat ivoirien comme modèle (authentique) de l'organisation des sociétés rurales et villageoises.

L'exemple le plus explicite est la systématisation et la généralisation de la décentralisation des pouvoirs administratifs et d'Etat avec la création de nouvelles entités territoriales communales, la promotion volontaire et encadrée des prérogatives et des pouvoirs locaux notamment du conseil général ou départemental, l’introduction des chefferies traditionnelles dans les dispositifs de régulation sociale (légale) et surtout de règlement des conflits "fonciers".

Ici on entreprendra pas une reforme agraire hasardeuse!!!!! Ici on réfléchit encore à la méthode qui permet aux Ivoiriens de s'approprier vraiment le code foncier en le corrigeant ou en l'adaptant à leur vision du futur, de la modernité des Noirs et de l'aménagement de leurs terroirs!!!!! Deux actes penchent véritablement pour une socialisation démocratique de la régulation sociale et sociétale : la systématisation des audiences foraines en lieu et place de l’enquête bureaucratique (police et armée), le recours à la vérification populaire pour décider définitivement des fraudes massives à la nationalité ivoirienne. Ce coup de canif laissera certainement des traces dans l’appareil judiciaire et policier de l’Etat octroyé ou hérité de l’administration esclavagiste et coloniale. La Côte d’Ivoire est en train de construire la méthode d’Etat qui concilie l’erreur esclavagiste dit Etat moderne et notre identité naturelle.

On ne gouverne pas dans le déni.

On ne s’octroie pas la conscience d’un peuple contre ce même peuple. Infantiliser les peuples noirs ne peut que se retourner contre les spécialistes autoproclamés. La Côte d’Ivoire vient d’en faire la démonstration. Pendant quarante ans on a gouverné contre les Ivoiriens. Le réveil a été terrible : coups d’Etat répétés, désordres et chienlit jusqu’à la barbarie du 19 septembre 2002. On ne pouvait plus continuer comme avant !!!!

Le Kanégnon ivoirien a remercié dans un discours les patriotes africains et noirs d’avoir choisi la Côte d’Ivoire pour mener la lutte finale contre l’hitlérisme françafricain. Le résultat est magnifique et radical. Sa particularité c’est d’avoir finalement emprunté les sentiers que les Africains connaissent le mieux : la Palabre, cette sorte de juridiction de la parole selon le mot de Bidima, de l’examen détaillé et complet des contradictions objectives et subjectives. On associe toujours, à cet examen des consciences, la psychologie des acteurs majeurs et de tous ceux qui ont une parcelle d’autorité et de pouvoir pouvant aider à la cohésion sociale et identitaire ou nationale.

L’« introduction à l'économie politique » de Karl Marx est certes une idée simple mais féconde. Elle nous renvoie une authentique traduction de la Palabre revue, corrigée et appliquée au règlement de la crise ivoirienne. Lorsqu'une question vient à la table de discussion c'est qu'on en connait la solution. La question est, en soi, la réponse à elle-même. La société porte donc en elle les réponses et les solutions de ses contradictions les plus têtues.

L'Apo, cette juridiction de la parole réinventée, a ouvert la porte à toutes les possibilités pacifiques de règlement des contradictions de la société ivoirienne. Les réponses extérieures ou importées ou imposées ont toutes échoué!!!!! D’aucuns diront que c’est parce que ces voies ont été exploitées que l’Apo a été possible ! Soit ! La question du développement et de la modernité libre se pose aussi dans ces termes-la!!!! Et pourtant, il n’y a toujours pas de solutions évidentes à l’horizon. Donc si les Ivoiriens, reprenant leur liberté confisquée par les autres, amorcent une véritable esquisse de modernisation de leurs terroirs, on trouvera certainement des gens pour dire que ce sont les leçons coloniales du passé qui ont permis le réveil ivoirien !!!! Pourquoi alors ces solutions de lumière n’ont-elles pas été utilisées pendant maintenant cinquante ans ? C’est ça la difficulté analytique. C’est ça la source de l’inconscience de septembre 2002, de la distorsion de l’espace public et des politiques publiques ivoiriennes !!! Et l’impossibilité théorique de concevoir un modèle politique africain.

Maintenant, on sait que l’on ne fait pas le bonheur d'un peuple contre ses propres vérités. La société porte en elle les conditions non interchangeables de sa modernité et de sa liberté effective. L'Apo a permis aux Ivoiriens de découvrir et d'établir cette vérité naturelle.

C’est sur cette vérité nue que j'ai terminé la lecture du projet écrit du candidat du peuple. Il invite clairement à la réflexion pour fonder, à partir de notre réalité psychoculturelle et historique, le sens et la cohérence à l’action politique qui permet de bâtir sur du solide et surtout du vrai. Cette idée de la vérité consciente est permanente dans les écrits du candidat du peuple, du prince combattant. Le propos est incisif : « Le peuple ivoirien s’est dressé pour opposer au mauvais destin une même volonté résolue. Il a refusé la régression et nous sommes restés debout. Aujourd’hui la guerre est terminée. Il s’agit à présent de gagner la Paix. Mais pour gagner réellement la Paix, il importe que nous comprenions et la guerre et les enjeux de notre résistance » « Un pays sans Mémoire est un pays sans racine » Le candidat du peuple a réaffirmé fortement cette idée de la Mémoire tout au long des travaux sur le cinquantenaire. Il a même vivement et publiquement interpelé les derniers dirigeants du mouvement démocratique et populaire qui a permis l’accession à la souveraineté internationale de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique noire française. Dans son dernier livre de campagne, il écrit fort justement : « investir dans la construction de nouveaux centres universitaires dans chaque chef-lieu de région ».

Le miroir du parti unique, la domination sourde de l'Etat français et l'exploitation coloniale des richesses du pays par l’expertise des accords léonins sont finalement les seules causes des malheurs de la Côte d’Ivoire. La vérité coloniale et néocoloniale avait flashé toute réflexion mémorielle. Les élites ivoiriennes avaient adopté la posture de l’effroyable « silence on développe ». Pour résumer cette vision on dira que la Côte d’Ivoire, depuis le début, a été enfermée dans l’idéologie coloniale et a fini par s’embourber dans le refus irrationnel de la mémoire démocratique, la source de l’émancipation et de l’affirmation de son identité. Les forces prédatrices et barbares de septembre 2002 se sont attaqués exclusivement à la Présidence, à l’Assemblée nationale, à la Constitution. Ces trois cibles démocratiques de la Côte d’Ivoire ont été méthodiquement soumises à l’Arrêt des armes de guerre, puis à la Résolution malhonnête du Conseil de Sécurité de l’Onu. La résistance patriotique organisée et consciente a fait capoter le funeste dessein : démembrer la Côte d’Ivoire, changer la nature de son régime présidentiel et probablement son identité républicaine. Une fois ce constat établi, il fallait mener une réflexion en profondeur sur les causes de la violence politique et doter le pays d’une Mémoire commune qui éclaire en permanence l’action des élites pour bâtir la Côte d’Ivoire sur des fondations durables, pour donner aux Ivoiriens les outils de leur libertés par l’école, par le système de protection sociale performant, par l’économie sociale de marché, par le socialisme démocratique, par des structures de l’Etat efficace et responsable, par l’éradication des erreurs et fautes du passé.

Ayant donc fixé les enjeux des luttes politiques de notre époque troublée, les solutions de vérité et de lumière ne pouvaient que couler de source.

Le pluralisme politique et philosophique est la souche d’enracinement de toute société démocratique, la garantie de l'égalité des chances et des droits en vue du progrès social. Le socialisme démocratique tel que défini par Memel Fotê : « Il n’y a, pensons-nous, de socialisme que démocratique, commençant par la démocratie et l’approfondissant, négociant ses avancées avec le progrès des connaissances, avec l’identité culturelle nationale, avec le peuple souverain, avec l’environnement mondial et naturel, bref avec l’histoire de la société et de la culture ». La gauche démocratique, selon le mot de Memel Fotê, de donne pour mission d’équiper d’infrastructures compétitives l’économie sociale de marché par la diversification des sources de production agricole, surtout par la transformation industrielle, sur place, des produits agricoles, des ressources minières. Cela suppose d’assainir les finances publiques et résorber l’irresponsable endettement du pays. Cette politique ne peut être possible, et elle est possible, qu’en mettant un terme à l’amitié coupable de Nane Tory Ottemey.

Les politiques publiques volontaristes de l’électrification et du désenclavement des campagnes de Côte d’Ivoire, voilà la voie ! Ces politiques sont pilotées par les Agences ou Autorités régionales de développement et d’aménagement du territoire en charge d’expliciter pour chaque terroir ivoirien l’application du programme national de l'emploi qui éradique intelligemment le chômage intolérable des jeunes. La Côte d’Ivoire a les hommes et les femmes compétents pour s’inscrire résolument dans la révolution numérique.

Notre leadership politique doit repenser la gouvernance des institutions de la République, de l'Etat efficace et forger un sens élevé de l'intérêt général, par la culture démocratique (électorale), par la promotion des libertés individuelles et collectives, par la garantie de la liberté spécifique de la presse, par une autorité judiciaire rigoureuse et responsable, par un pouvoir civil et militaire adossé aux valeurs de la République laïque et gouvernant dans l’équité des lois justes votées par un Parlement bicaméral, par une diplomatie de l'intégration régionale.

 

« N’oublions jamais qu’au cours de cette guerre, au-delà de nos vies et de nos biens, les cibles principales des forces qui ont attaqué la Côte d’Ivoire, ce sont la Démocratie, la République, et l’Etat de droit. Par dessus tout, elles ont voulu détruire la Nation ivoirienne. Souvenons-nous de ce quelles ont voulu faire de notre pays, par les armes d’abord et par la diplomatie ensuite. Elles ont voulu dénier au peuple ivoirien son doit souverain de désigner démocratiquement ses dirigeants. C’est pourquoi elles se sont attaquées aux institutions issues des élections : la Présidence et l’Assemblée nationale. Elles ont voulu changer la nature de notre pays. C’est pourquoi elle se sont attaquées à la Constitution ».

Le jour se lève toujours

Lettê na Lettê



« Renforcer le sens de l’intérêt général, lutter contre la corruption, promouvoir le respect des valeurs démocratiques, protéger et défendre la liberté de la presse, enraciner la démocratie dans la culture ». « Eradiquer la corruption et développer la culture de l’intérêt général »